Monde
Le jour se lève sur la Tunisie
024 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Atteinte d’une forte grippe, Moufidha Bouslimane, quinquagénaire, a fait le déplacement pour accomplir son devoir électoral ; elle patiente comme beaucoup d’autres dans la file d’attente à l’intérieur de l’école primaire de Menzah VI.
La file s’étend à l’extérieur sur au moins 300 mètres, mais les électeurs ne montrent aucun signe d’impatience. L’affluence devant est en effet impressionnante en cette matinée ensoleillée ; l’ambiance est marquée par des échanges fraternels. La foule dégage ostensiblement une aura d’espoir dans l’urne sortie du ventre de la révolution après neuf mois de gestation.
Mme Bouslimane n’a jamais voté de sa vie : «Quand Bourguiba a déclaré l’indépendance de la Tunisie, je n’avais que 16 ans et avant d’atteindre la majorité, les élections étaient déjà devenues des simulacres.» Notre dame, altière, se sent renaître en ce jour béni pour la nation tunisienne. «Quand je vois cette longue file d’attente, je sais que je suis dans un pays évolué et j’en suis fière», lance-t-elle. Se disant confiante dans la transparence des élections et la sincérité de ses organisateurs, la dame affiche sa répulsion pour les islamistes qui, selon elle, ne font pas l’intérêt du pays et menacent les acquis gagnés du temps de Habib Bourguiba. Elle ajoute que les pays qui ont tenté le modèle islamiste ont tous échoué.
«Je voterai pour le PDP (Parti démocratique progressiste, ndlr) parce qu’il est capable de sauvegarder les acquis démocratiques et d’aller de l’avant», avoue notre interlocutrice.Hier, les Tunisiens, défiant toutes les prévisions, sont sortis massivement pour accomplir leur devoir citoyen. A 17h, le taux de participation avait franchi la barre des 80%, annonçait, étonné, Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), lors d’une conférence de presse tenue au Centre international de presse. Du jamais vu, mais rien d’anormal sachant qu’il s’agit des premières élections dont les résultats ne sont pas connus d’avance.
Misère des Ghannouchi
A-t-elle peur d’éventuels dérapages qui se produiraient à la suite de ces élections ? Moufida Bouslimani répond par la négative, affichant sa confiance en l’Etat qui, dit elle, a recouvré ses moyens pour imposer l’ordre.
Dans ce même bureau de vote, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre désigné après le 14 janvier et ayant démissionné un mois plus tard, est venu voter dès l’ouverture du bureau. Interdit de pénétrer dans le centre avec ses gardes du corps, M. Ghannouchi n’a pas eu non plus la grâce de ses concitoyens qui lui ont refusé tout avantage, l’obligeant à se mettre dans la file comme n’importe qui. Image forte d’une nouvelle Tunisie qui n’accorde guère de crédit à ceux qui la gouvernent et fait de l’égalité une réalité pratiquée au quotidien.
Misère aussi pour Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha et homonyme de l’ancien Premier ministre. Lors de son arrivée au bureau où il devait voter à Menzah V, il a essuyé à un affront inoubliable devant des centaines de citoyens qui l’ont encerclé aux cris de «Assassin, dégage!». Le cheikh a été impuissant face à ses assaillants et ses tentatives de prendre la parole pour se défendre ont été vaines.
Cet incident, filmé par des gens présents sur les lieux, a vite fait le tour des réseaux sociaux. Cette image ne serait pas, cependant, un indicateur très fiable de la tendance dans une banlieue plutôt aisée, dominée par une population moderniste attachée aux libertés et farouchement opposée au projet islamiste.
Libres et indépendants
Chawki Tabib est tête de la liste indépendante «Libres et indépendants», qui tente sa chance dans la circonscription d’Ariana. M. Tabib n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit du président de la Ligue tunisienne de la citoyenneté et aussi membre influent du Conseil de l’Ordre national des avocats tunisiens, l’un des architectes de la révolution du 14 janvier.
Contrairement à d’autres, le candidat d’Ariana se dit très confiant concernant le processus actuel et l’avenir politique de la Tunisie. «En neuf mois, les Tunisiens ont délogé Ben Ali et ensuite choisi la voie de la Constituante qui dénote d’une volonté de rupture avec le passé. Malgré une évolution en dents de scie, nous avons empêché l’effondrement de l’Etat», souligne notre interlocuteur.
Pour lui, les 116 partis, y compris Ennahda, ne représentent que 6 à 7% de la population. Les Tunisiens n’ont pas de traditions partisanes et souffrent encore du manque de confiance dans la classe politique actuelle. C’est ce qui justifie la priorité qu’il a accordée à la société civile.
«Le mode du scrutin par liste favorise les partis plus que nous, mais même si on ne gagne pas, nous avons gagné. L’essentiel étant de participer à cette fête», souligne encore M. Tabib, qui se classe au centre politique et milite pour un régime mixte où il y a équilibre des pouvoirs entre la Présidence et le Parlement, deux institutions qui tirent leur légitimité du suffrage universel, précise-t-il. «L’avenir de la démocratie dépendra aussi de l’indépendance de la justice et de la création d’une Cour constitutionnelle dont le rôle ne se limite pas à la consultation», termine l’avocat. C’est le vœu cher à la majorité des Tunisiens qui ont fait preuve, hier, d’une maturité inédite dans le monde arabe.
Le jour se lève sur la Tunisie
024 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Atteinte d’une forte grippe, Moufidha Bouslimane, quinquagénaire, a fait le déplacement pour accomplir son devoir électoral ; elle patiente comme beaucoup d’autres dans la file d’attente à l’intérieur de l’école primaire de Menzah VI.
La file s’étend à l’extérieur sur au moins 300 mètres, mais les électeurs ne montrent aucun signe d’impatience. L’affluence devant est en effet impressionnante en cette matinée ensoleillée ; l’ambiance est marquée par des échanges fraternels. La foule dégage ostensiblement une aura d’espoir dans l’urne sortie du ventre de la révolution après neuf mois de gestation.
Mme Bouslimane n’a jamais voté de sa vie : «Quand Bourguiba a déclaré l’indépendance de la Tunisie, je n’avais que 16 ans et avant d’atteindre la majorité, les élections étaient déjà devenues des simulacres.» Notre dame, altière, se sent renaître en ce jour béni pour la nation tunisienne. «Quand je vois cette longue file d’attente, je sais que je suis dans un pays évolué et j’en suis fière», lance-t-elle. Se disant confiante dans la transparence des élections et la sincérité de ses organisateurs, la dame affiche sa répulsion pour les islamistes qui, selon elle, ne font pas l’intérêt du pays et menacent les acquis gagnés du temps de Habib Bourguiba. Elle ajoute que les pays qui ont tenté le modèle islamiste ont tous échoué.
«Je voterai pour le PDP (Parti démocratique progressiste, ndlr) parce qu’il est capable de sauvegarder les acquis démocratiques et d’aller de l’avant», avoue notre interlocutrice.Hier, les Tunisiens, défiant toutes les prévisions, sont sortis massivement pour accomplir leur devoir citoyen. A 17h, le taux de participation avait franchi la barre des 80%, annonçait, étonné, Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), lors d’une conférence de presse tenue au Centre international de presse. Du jamais vu, mais rien d’anormal sachant qu’il s’agit des premières élections dont les résultats ne sont pas connus d’avance.
Misère des Ghannouchi
A-t-elle peur d’éventuels dérapages qui se produiraient à la suite de ces élections ? Moufida Bouslimani répond par la négative, affichant sa confiance en l’Etat qui, dit elle, a recouvré ses moyens pour imposer l’ordre.
Dans ce même bureau de vote, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre désigné après le 14 janvier et ayant démissionné un mois plus tard, est venu voter dès l’ouverture du bureau. Interdit de pénétrer dans le centre avec ses gardes du corps, M. Ghannouchi n’a pas eu non plus la grâce de ses concitoyens qui lui ont refusé tout avantage, l’obligeant à se mettre dans la file comme n’importe qui. Image forte d’une nouvelle Tunisie qui n’accorde guère de crédit à ceux qui la gouvernent et fait de l’égalité une réalité pratiquée au quotidien.
Misère aussi pour Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha et homonyme de l’ancien Premier ministre. Lors de son arrivée au bureau où il devait voter à Menzah V, il a essuyé à un affront inoubliable devant des centaines de citoyens qui l’ont encerclé aux cris de «Assassin, dégage!». Le cheikh a été impuissant face à ses assaillants et ses tentatives de prendre la parole pour se défendre ont été vaines.
Cet incident, filmé par des gens présents sur les lieux, a vite fait le tour des réseaux sociaux. Cette image ne serait pas, cependant, un indicateur très fiable de la tendance dans une banlieue plutôt aisée, dominée par une population moderniste attachée aux libertés et farouchement opposée au projet islamiste.
Libres et indépendants
Chawki Tabib est tête de la liste indépendante «Libres et indépendants», qui tente sa chance dans la circonscription d’Ariana. M. Tabib n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit du président de la Ligue tunisienne de la citoyenneté et aussi membre influent du Conseil de l’Ordre national des avocats tunisiens, l’un des architectes de la révolution du 14 janvier.
Contrairement à d’autres, le candidat d’Ariana se dit très confiant concernant le processus actuel et l’avenir politique de la Tunisie. «En neuf mois, les Tunisiens ont délogé Ben Ali et ensuite choisi la voie de la Constituante qui dénote d’une volonté de rupture avec le passé. Malgré une évolution en dents de scie, nous avons empêché l’effondrement de l’Etat», souligne notre interlocuteur.
Pour lui, les 116 partis, y compris Ennahda, ne représentent que 6 à 7% de la population. Les Tunisiens n’ont pas de traditions partisanes et souffrent encore du manque de confiance dans la classe politique actuelle. C’est ce qui justifie la priorité qu’il a accordée à la société civile.
«Le mode du scrutin par liste favorise les partis plus que nous, mais même si on ne gagne pas, nous avons gagné. L’essentiel étant de participer à cette fête», souligne encore M. Tabib, qui se classe au centre politique et milite pour un régime mixte où il y a équilibre des pouvoirs entre la Présidence et le Parlement, deux institutions qui tirent leur légitimité du suffrage universel, précise-t-il. «L’avenir de la démocratie dépendra aussi de l’indépendance de la justice et de la création d’une Cour constitutionnelle dont le rôle ne se limite pas à la consultation», termine l’avocat. C’est le vœu cher à la majorité des Tunisiens qui ont fait preuve, hier, d’une maturité inédite dans le monde arabe.
Le jour se lève sur la Tunisie
024 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Atteinte d’une forte grippe, Moufidha Bouslimane, quinquagénaire, a fait le déplacement pour accomplir son devoir électoral ; elle patiente comme beaucoup d’autres dans la file d’attente à l’intérieur de l’école primaire de Menzah VI.
La file s’étend à l’extérieur sur au moins 300 mètres, mais les électeurs ne montrent aucun signe d’impatience. L’affluence devant est en effet impressionnante en cette matinée ensoleillée ; l’ambiance est marquée par des échanges fraternels. La foule dégage ostensiblement une aura d’espoir dans l’urne sortie du ventre de la révolution après neuf mois de gestation.
Mme Bouslimane n’a jamais voté de sa vie : «Quand Bourguiba a déclaré l’indépendance de la Tunisie, je n’avais que 16 ans et avant d’atteindre la majorité, les élections étaient déjà devenues des simulacres.» Notre dame, altière, se sent renaître en ce jour béni pour la nation tunisienne. «Quand je vois cette longue file d’attente, je sais que je suis dans un pays évolué et j’en suis fière», lance-t-elle. Se disant confiante dans la transparence des élections et la sincérité de ses organisateurs, la dame affiche sa répulsion pour les islamistes qui, selon elle, ne font pas l’intérêt du pays et menacent les acquis gagnés du temps de Habib Bourguiba. Elle ajoute que les pays qui ont tenté le modèle islamiste ont tous échoué.
«Je voterai pour le PDP (Parti démocratique progressiste, ndlr) parce qu’il est capable de sauvegarder les acquis démocratiques et d’aller de l’avant», avoue notre interlocutrice.Hier, les Tunisiens, défiant toutes les prévisions, sont sortis massivement pour accomplir leur devoir citoyen. A 17h, le taux de participation avait franchi la barre des 80%, annonçait, étonné, Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), lors d’une conférence de presse tenue au Centre international de presse. Du jamais vu, mais rien d’anormal sachant qu’il s’agit des premières élections dont les résultats ne sont pas connus d’avance.
Misère des Ghannouchi
A-t-elle peur d’éventuels dérapages qui se produiraient à la suite de ces élections ? Moufida Bouslimani répond par la négative, affichant sa confiance en l’Etat qui, dit elle, a recouvré ses moyens pour imposer l’ordre.
Dans ce même bureau de vote, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre désigné après le 14 janvier et ayant démissionné un mois plus tard, est venu voter dès l’ouverture du bureau. Interdit de pénétrer dans le centre avec ses gardes du corps, M. Ghannouchi n’a pas eu non plus la grâce de ses concitoyens qui lui ont refusé tout avantage, l’obligeant à se mettre dans la file comme n’importe qui. Image forte d’une nouvelle Tunisie qui n’accorde guère de crédit à ceux qui la gouvernent et fait de l’égalité une réalité pratiquée au quotidien.
Misère aussi pour Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha et homonyme de l’ancien Premier ministre. Lors de son arrivée au bureau où il devait voter à Menzah V, il a essuyé à un affront inoubliable devant des centaines de citoyens qui l’ont encerclé aux cris de «Assassin, dégage!». Le cheikh a été impuissant face à ses assaillants et ses tentatives de prendre la parole pour se défendre ont été vaines.
Cet incident, filmé par des gens présents sur les lieux, a vite fait le tour des réseaux sociaux. Cette image ne serait pas, cependant, un indicateur très fiable de la tendance dans une banlieue plutôt aisée, dominée par une population moderniste attachée aux libertés et farouchement opposée au projet islamiste.
Libres et indépendants
Chawki Tabib est tête de la liste indépendante «Libres et indépendants», qui tente sa chance dans la circonscription d’Ariana. M. Tabib n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit du président de la Ligue tunisienne de la citoyenneté et aussi membre influent du Conseil de l’Ordre national des avocats tunisiens, l’un des architectes de la révolution du 14 janvier.
Contrairement à d’autres, le candidat d’Ariana se dit très confiant concernant le processus actuel et l’avenir politique de la Tunisie. «En neuf mois, les Tunisiens ont délogé Ben Ali et ensuite choisi la voie de la Constituante qui dénote d’une volonté de rupture avec le passé. Malgré une évolution en dents de scie, nous avons empêché l’effondrement de l’Etat», souligne notre interlocuteur.
Pour lui, les 116 partis, y compris Ennahda, ne représentent que 6 à 7% de la population. Les Tunisiens n’ont pas de traditions partisanes et souffrent encore du manque de confiance dans la classe politique actuelle. C’est ce qui justifie la priorité qu’il a accordée à la société civile.
«Le mode du scrutin par liste favorise les partis plus que nous, mais même si on ne gagne pas, nous avons gagné. L’essentiel étant de participer à cette fête», souligne encore M. Tabib, qui se classe au centre politique et milite pour un régime mixte où il y a équilibre des pouvoirs entre la Présidence et le Parlement, deux institutions qui tirent leur légitimité du suffrage universel, précise-t-il. «L’avenir de la démocratie dépendra aussi de l’indépendance de la justice et de la création d’une Cour constitutionnelle dont le rôle ne se limite pas à la consultation», termine l’avocat. C’est le vœu cher à la majorité des Tunisiens qui ont fait preuve, hier, d’une maturité inédite dans le monde arabe.
De la révolution à la Constituante
023 octobre 2011
par Madjid Makedhi
dans Monde
Un mois a suffi — 17 décembre 2010-14 janvier 2011 — aux Tunisiens, qui s’apprêtent à élire aujourd’hui leur première Assemblée constituante, pour changer leur sort et aspirer à un avenir meilleur.
Ils se sont débarrassés d’une dictature qui les a pris en otages pendant 23 ans et ils tenteront de mettre en place les bases nécessaires pour la construction d’un Etat démocratique.
La marche était trop longue et trop dure, mais le chemin à parcourir reste encore plus difficile. Retour sur les événements qui ont mis fin au système Ben Ali… Tout a commencé un certain 17 décembre 2010. Un jeune vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, protestant contre la saisie par la police de Sidi Bouzid de sa marchandise, s’immole par le feu. Deux jours plus tard, la contestation commence, d’abord contre le chômage dont souffre la majorité des jeunes Tunisiens.
Depuis cette date, le mur de la peur est tombé. Les jeunes ont vite compris que la répression policière ne pourrait rien faire devant la mobilisation populaire. Le décès, le 5 janvier 2011, de Mohamed Bouazizi attise la colère populaire et des émeutes éclatent, trois jours plus tard, dans plusieurs autres villes du pays, notamment à Kasserine, Thala et Regueb. Conséquence : 21 personnes tombent sous les balles de la police de Ben Ali. C’était une provocation de plus.
Car le recours à la répression n’a fait que consolider la détermination des jeunes Tunisiens à changer leur destin. Et la protestation prend encore de l’ampleur. Elle gagne la capitale, Tunis et sa banlieue, depuis le 11 janvier 2011. Le lendemain, 12 janvier, l’armée se déploie dans la capitale et dans la banlieue Ettadhamen, sans toutefois réussir à dissuader la foule des manifestants qui ne cesse de grossir. Le même jour, sentant la gravité de la situation, Ben Ali sort de son mutisme et annonce, dans un discours, son engagement à quitter le pouvoir en 2014. C’était trop tard pour lui. Les manifestations ne s’arrêtent pas.
Le mouvement se radicalise et, pour la première fois depuis le début de la contestation, les jeunes demandent carrément son départ.
«Ben Ali dehors» est scandé.
En réaction, Ben Ali, dans une nouvelle tentative de contenir la crise, annonce, le 14 janvier, le limogeage de son gouvernement et la tenue d’élections législatives anticipées. Peine perdue. Ayant compris que les carottes étaient bel et bien cuites pour lui, Ben Ali décide, le même jour, de quitter non seulement le pouvoir, mais aussi le pays en prenant l’avion en direction de l’Arabie Saoudite. Le 15 janvier, le Conseil constitutionnel tunisien nomme le président du Parlement, Fouad Mebazaa, au poste de président de la République par intérim avec la mission d’organiser une élection présidentielle dans les 60 jours. Alors que le régime tunisien pensait avoir trouvé la parade à la déferlante populaire, la réponse lui est venue encore une fois de la rue. Conscients que le vrai changement ne viendrait qu’avec le départ de tous les symboles de l’ancien système, les Tunisiens poursuivent la protestation.
Ils sont intransigeants. Ils font une véritable démonstration de force, le 25 février, en organisant une impressionnante manifestation (100 000 personnes) pour réclamer le départ du gouvernement dirigé par Mohamed Ghannouchi. Ce dernier démissionne le 27 février ; il est remplacé par Béji Caïd Essebsi. Le lendemain, le dernier ministre ayant servi sous Ben Ali, Mohamed Afif Chelbi, ministre de l’Industrie et de la Technologie, démissionne lui aussi. Il restait quand même un dernier symbole de la dictature Ben Ali.
Il s’agit du parti du président déchu, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Celui-ci a été dissous par décision de justice, le 9 mars 2011. Auparavant, le 1er mars, le mouvement islamiste Ennahda de Rachid Ghennouchi, considéré aujourd’hui comme la première force politique du pays, a été légalisé. Le 24 mai, le gouvernement tunisien fixe la date du 24 juillet pour l’organisation de l’élection d’une Assemblée constituante, avant de la reporter au 23 octobre.
L’échiquier politique tunisien face aux urnes
023 octobre 2011
par Ali Benyahia
dans Monde
La soirée du dépouillement des urnes, ce dimanche, risque de se prolonger très tard. La première élection libre en Tunisie sera en effet d’autant plus fastidieuse que le nombre de candidats, qui se sont lancés dans la course, s’élève à 10 000 dont la moitié sont des femmes, répartis sur pas moins de 1600 listes électorales.
Tunis.
De notre envoyé spécial
Tel est d’emblée l’un des enjeux auquel l’administration chargée d’organiser ce scrutin, à savoir l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), que préside le droit de l’hommiste Kamel Djdendoubi, devra être confrontée au soir du vote. Tout le monde se demande comment seront les premières élections démocratiques dans le premier pays arabe de la révolution qui a eu raison de sa dictature. Tant et si bien que les organisateurs, eux-mêmes, peinent à cacher leurs appréhensions par rapport à la complexité de l’opération. Le succès de la consultation électorale repose, en tous cas, en bonne partie sur la clarté et la facilité à porter son choix à l’heure des urnes. «Le bulletin de vote aura la taille d’un journal dans lequel il y aura des dizaines de listes – pas moins de 40 sur un bulletin- où l’électeur doit choisir le nom des listes mais pas le nom des personnes, ça va être difficile», commente Ayachi Hammami, avocat et militant politique, membre de la célèbre haute instance chargé d’atteindre les objectifs de la révolution présidée par Ayad Ben Achour, et qui a clôturé sa mission le 14 octobre dernier.
Nombreux sont ceux qui, effectivement, ont émis les craintes d’une mauvaise surprise le jour «J», en raison de la situation compliquée de ce vote qui va élire une Assemblée constituante de 217 sièges à travers 33 circonscriptions, dont 6 à l’étranger. La plus petite circonscription comporterait quatre candidats.
Mais Kamel Djendoubi, président de l’ISIE, lui, ne l’entend pas de cette oreille. «Nous avons fourni des efforts pour émettre un bulletin qui soit très présentable, plus visible. Chaque liste a un numéro, et chaque liste a un sigle et, donc, ne serait-ce que par le fait du numéro et du sigle, ce sont deux facteurs qui peuvent faciliter le choix», explique-t-il. Soit. Optimiste, lui en tous cas table sur un taux de participation aux élections de pas moins de 60%. Il reste néanmoins difficile de pronostiquer de l’affluence des électeurs pour au moins une seule raison, en dépit de l’enthousiasme provoqué par l’élan de la révolution. La campagne électorale a été quasiment absente dans la rue.
Le nombre des partis créés explose
A Tunis, jusqu’aux derniers jours, il n’y avait très peu d’images de campagne, à l’exception des quelques affiches des candidats placardées sur les espaces de publicité réservés sur des murs plutôt dégarnis. Seul remontant, un fait aussi inattendu que surprenant d’ailleurs, le film franco-iranien Persépolis, qui a défrayé la chronique, et les deux grandes manifestations de rue, successivement salafistes-islamistes et démocrates. Ces événements, à eux trois, ont eu comme effet de sortir l’ambiance de sa torpeur. Mais aussi et surtout de polariser les identités politiques. Le résultat, même s’il n’est pas évident, semble avoir permis d’appuyer sur les traits de démarcation globalement de deux camps politiques, les islamistes d’un côté et les démocrates de l’autre, si on peu les dénommer ainsi. Pourtant, dans un paysage politique aussi large que celui qui renferme 112 partis politiques, l’observation peut paraître superflue.
Le nombre de partis créés dépasse tout entendement. Une anarchie ? Les avis différent même s’ils doivent être presque aussi pertinents les uns que les autres. Certains voient là une liberté de faire de la politique que personne ne peut et ne doit contester. A l’image d’ailleurs de l’actuel ministre de l’Intérieur qui, s’exprimant dans l’hebdomadaire arabophone tunisien Arabia, Al Azhar Al Akroumi, considère que «c’est un phénomène naturel». Le ministre voit dans cette multiplication des partis, l’expression de la volonté des militants de la révolution du 14 janvier à se donner une chance pour se tester dans l’aventure politique, avant de souligner que personne ne peut priver ces gens de leur droit. Sauf, que tout le monde ne pense pas la même chose sur cette question. La méfiance est là aussi au rendez-vous. D’aucuns y voient carrément un élément qui pourrait parasiter cette élection ne serait-ce que parce que l’électeur n’y comprendra rien du tout, vu le nombre astronomique de petits partis inconnus.
Les candidats indépendants : qui sont-ils ?
Mais en réalité, tous les partis ne se sont pas engagés dans la course, faute de moyen. En effet, seuls 45 partis, sur un total de 112, ont pu être au rendez-vous au moins avec une liste. Le reste est disqualifié de la compétition. Les candidats indépendants restent, par ailleurs, une des grandes spécificités. Ces derniers sont d’un poids appréciable puisqu’ils représentent quelque 40% de l’ensemble des listes. Près donc de la moitié des candidats n’ont pas choisi des partis politiques. Ainsi, Il s’agit là d’une équation à plusieurs inconnues que les moins optimistes considèrent à peine comme une sorte de piège pour façonner la prochaine première Assemblée constituante de la Tunisie. Du monde arabe aussi. D’autres au contraire, décèlent une volonté de représenter largement les différentes sensibilités politiques au sein de la future Assemblée. C’est l’avis même de Ayachi Hammami, membre de l’instance de Ben Achour, qui nous a expliqué que le choix du mode scrutin du 23 octobre s’est effectué en fonction de cet objectif, d’assurer une base sociale la plus large possible pour une représentation nationale au sein de l’Assemblée constituante. Le mode de «scrutin de listes à un tour et à la proportionnelle avec le plus fort reste» paraît être, selon lui, la recette qui sied aux résultats escomptés.
Mais grosso modo, le paysage politique tunisien n’a pas vraiment changé depuis la révolution. Ceux qui occupaient déjà la scène, notamment l’opposition, sont eux qui sont les plus en vue actuellement. La famille de l’opposition de l’ère Ben Ali est à scinder en deux catégories, puisqu’il y avait d’un côté l’opposition légale et la position illégale, celle non reconnue et interdite d’activité. La première se matérialise par le Parti démocratique progressiste (PDP) de Nadjib Chebbi, et dont la SG est Maya Jribi, Attakatol de Mustapha Ben Jaâfer et Attajdid (ex-parti communiste ayant eu 6 députés). Ces trois partis étaient les vrais opposants de Ben Ali. La seconde, la plus radicale, clandestine, était le Congrès pour la république (CPR) de Moncef El Merzouki, Ennahda de Ghannouchi, le Parti communiste des travailleurs tunisiens (PCOT) de Hamma Hammami et le Watad. Ces partis interdits d’activité, sous la dictature, avaient par contre tous investi l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). Le dynamisme de cette organisation, dont l’engagement n’est plus à montrer depuis notamment le rôle précurseur qu’elle a joué durant la révolution, doit beaucoup à ces quatre partis. Par ailleurs, le PDM (Pole démocratique moderniste ) est le seul parti à avoir respecté la parité entre les candidats tête de listes (16 femmes et 17 hommes).
Mais le foisonnement des ces formations ne s’explique pas, loin s’en faut, par l’enthousiasme suscité par l’ouverture du champ politique et la parole retrouvée. D’abord, d’anciens partis sous le régime Ben Ali tentent, eux aussi, de se maintenir en orbite. L’opposition-maison. Des observateurs avertis de la scène politique tunisienne rangent dans cette catégorie le Mouvement des démocrates sociaux (MDS), l’UDU (Union démocratique unioniste), le Parti socialiste libéral (PSL), le Parti vert tunisien (PVT) et le parti de l’Unité populaire. Ceux-là sont considérés comme ayant évolué dans le giron du pouvoir. Reste ensuite, d’anciens responsables dans le parti dissous, l’ex-RCD, qui ont lancé leurs propres partis. Il s’agit ainsi de Al Watan, dont le SG Med Jegham était ministre de l’Intérieur du temps de Ben Ali. El Moubadara, Kamel El Mourdjane, ex-ministre des Affaires étrangères. Ces deux derniers sont cependant inéligibles compte tenu de la loi électorale qui interdit à ceux qui ont occupé des postes de responsabilité durant les 23 ans du règne de Ben Ali de se présenter à l’élection du 23 octobre. Ministres et députés sont ainsi tous exclus de candidature à ce scrutin.
Entre les modérés et ceux qui demandent des comptes
Il y a enfin les listes des indépendants. Qui sont-ils en définitive ? Leur poids est tel qu’il est à se demander d’où viennent-ils et surtout quelle est leur couleur politique. Selon Mourad Sellami, journaliste politique au Quotidien, parmi les listes les plus connues, on enregistre les Abdelfatouch et les Mouru. Très connu, ce dernier est un cofondateur avec Ghannouchi du parti Ennahda. Il dispose à lui seul d’une vingtaine de listes. Islamiste modéré, son différend avec Ghanouchi est la raison qui l’a poussé à présenter des listes de candidats indépendants. Un autre parti islamiste, l’Alliance nationale pour la paix et la prospérité (APP) de Skander Rekik a 2 listes indépendantes. Et Doustourna, une liste d’intellectuels de couleur libérale démocrates dispose, lui, de 14 à 15 listes. Voilà en tout l’ensemble des acteurs politiques qui vont peser de leur poids électoral à l’issue du vote ce soir. La constituante va élire le président de l’Assemblée et deux assesseurs. Après on élira le président de la République qui, lui, nommera le Premier ministre.
Les observateurs tunisiens évoquent plusieurs noms de personnalités comme candidats potentiels à la magistrature suprême. Des noms comme ceux de Nadjib Chebbi du PDP, de l’actuel premier ministre Nejib Caïd Essebsi, de Ayad Ben Achour de la Haute instance chargé de réaliser les objectifs de la révolution, de Monecf El Merzouki du Congrès pour la république et de Mustapha Ben Jaffer de Attakatol.
Mais, pour l’instant, tout le monde garde les yeux braqués sur Ennahda qui, selon les observateurs, est à priori la première force politique du pays. Son leader, Rached Ghannouchi, s’exprimant dans les colonnes d’El Watan, n’en pense pas moins. Ses plus proches collaborateurs, eux, s’attendent surtout à un raz-de-marée. Le dernier sondage effectué mais dont il convient de dire que les Tunisiens n’en tiennent pas compte vraiment, crédite Ennahda de 22% des suffrages, suivi par le PDP 15%, Attakatol 14%, le PDM 12% et le CPR 8%. Ces résultats, faut-il le signaler, en privé, sont rejetés du revers de la main par de hauts responsables du parti qui, pourtant, est présenté comme le grand gagnant. Ennahda est-il dans l’état de dominer la future Assemblée constituante qui aura la charge d’élire le premier président de la République de la Tunisie démocratique et l’élaboration de la loi fondamentale du pays ? Ayachi Hammami fait remarquer que le mode du scrutin choisi «est une technique qui ne permet pas à un parti qui a le plus de voix d’avoir la majorité». Autrement dit, aucun parti ne pourra, à lui seul, régner sur l’Assemblée. «Par exemple, si un parti bénéficie de 60% de voix ,a-t-il expliqué, il ne pourra avoir pourtant qu’environ 30% de sièges à l’Assemblée. On a discuté les différents modes de scrutin, celui qui est choisi est un mode spécial pour la constituante. Celle-ci sera diversifiée».
Mais tout ce dynamisme des partis ne s’exprime pas dans une seule symphonie. Le ton n’est pas forcément le même chez tout le monde. On peut considérer qu’il y a d’abord ceux qui sont plus ou moins d’accord sur la mise en mouvement du processus électoral et la conduite des premiers pas de la transition démocratique, à l’instar du PDP et du PDM. Et puis il y a ceux qui comme le CPR, le forum Attakatol, El Watad et le POCT qui, eux, font monter les enchères en considérant qu’il faut aller plus avant dans le processus révolutionnaire, c’est-à-dire en mettant en branle ce qu’ils appellent par «la justice transitionnelle». Le PCR de Moncef El Merzouki, pour ne pas le nommer, considère, lui, qu’il faut des poursuites judiciaires de tous les coupables de la période Ben Ali. Il s’agit là de l’aile dure de la scène politique.
Et il y a la troisième tendance, le silence de Ennahda. Mais serait-ce là la plus dure de tous ? La question reste entièrement posée tant le parti Ennahda a perdu toute spontanéité.
Vote des ressortissants tunisiens à Biskra et El Oued
023 octobre 2011
par El Watan - L'événement
dans Monde
Les ressortissants de la communauté tunisienne établis dans les wilayas de Ouargla, Batna et Biskra, dûment inscrits sur les listes électorales, ont été invités à venir voter pour élire la première Assemblée nationale constituante de la Tunisie post-Ben Ali, à la maison de la culture de Biskra du 20 au 22 octobre.
«C’est un scrutin historique pour notre pays», a déclaré le représentant de la communauté tunisienne, qui n’a pas manqué de saluer le DRAG de la wilaya de Biskra, lequel «a mobilisé tous les moyens matériels et humains afin que cette élection se déroule dans les meilleures conditions». Comptant officiellement 52 ressortissants – dont une trentaine, selon les chiffres annoncés à la mi-journée d’hier, se sont acquittés de leur devoir électoral – les Tunisiens et les Tunisiennes ont choisi leurs représentants nationaux parmi 18 listes de candidats arborant différentes étiquettes partisanes.
A El Oued, des sources bien informées ont indiqué que des dizaines d’électeurs tunisiens se sont dirigés, hier, vers la maison de la culture où se trouvait le seul bureau de vote pour élire les membres de l’Assemblée constituante. Notre source a précisé que 197 Tunisiens résident dans la wilaya d’El Oued.
Le pôle démocratique s’impose comme un sérieux outsider
023 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Arrivé tardivement dans l’arène de la campagne électorale, le pôle démocratique moderniste a fini par s’imposer comme un rassembleur au sein de la frange démocratique et un outsider à prendre au sérieux face aux favoris de l’élection de l’Assemblée constituante en Tunisie.
Le festival de clôture de la campagne, tenue vendredi soir dans l’enceinte de la coupole, a été une véritable démonstration de force et l’occasion de mobiliser les troupes dans une salle archicomble qui a dépassé toutes les prévisions. Environ 10 000 personnes ont fait le déplacement au Palais des sports pour prendre part à cette kermesse qui a donné des ailes aux «pôlistes». Ce conglomérat, composé de quatre partis politiques et cinq associations regroupant des militants démocrates, a eu l’effet escompté en rassemblant la population se reconnaissant dans le projet moderniste de la société tunisienne.
Un rassemblement tombé à pic pour combler le vide provoqué par les dissensions au sein du camp démocratique. Le pôle, d’essence gauchiste, a été créé à l’initiative du vieux parti At Tajdid (le renouveau), d’Ahmed Benbrahem, un ancien parti communiste converti en 1993 à la social-démocratie. Pour Mahmoud Benromdane, cadre du pôle, ce rassemblement a pour objectif essentiel de sauvegarder les acquis démocratiques et les soutenir. Pour lui, parler de sauvegarde implique qu’il y a menace sur ces acquis, notamment de la part des mouvements islamistes. Benromdane, rencontré au siège du pôle à El Manar I, en veut pour exemple l’intention affichée par les islamistes de renvoyer les femmes au foyer pour, disent-ils, absorber le chômage. Les femmes au foyer ! Il n’en est pas question pour ce mouvement qui tient fort à la parité au point d’avoir placé 49% de femmes en tête des listes. Du jamais vu !
Le pôle, qui comprend aussi le Parti socialiste de gauche, le Parti républicain et la Voie du milieu, refuse en outre l’étiquette de parti laïque tout en incluant dans ses principes la séparation entre la religion et la politique. «Nous sommes arabes et musulmans mais attachés aux valeurs de la démocratie et aux libertés», précise-t-il.
La dynamique née au sein des partis composant le pôle au cours de sa courte vie a visiblement créé des décantations qui font craquer des dogmes. Notre interlocuteur révèle à ce sujet que l’état d’esprit au sein d’At Tajdid veut que ce parti n’aura plus raison d’être au lendemain de l’élection et devra laisser place à une autre forme de rassemblement, qui s’appuiera sur plusieurs organisations autour d’un nombre de valeurs partagées.
Les sondages ont crédité le pôle démocratique moderniste de 15% d’intentions de vote, ce qui est loin d’être négligeable dans la configuration actuelle de la classe politique tunisienne. Il pourra même faire davantage, si le rapprochement avec le PDP d’Ahmed Nejib Chebi aboutit. Ceci dit, le handicap dont souffre le pôle est lié à son manque d’ancrage, voire son absence dans la Tunisie profonde, où le discours moderniste a moins de chances de prendre face à des populations d’extraction conservatrice.
Pas de couvre-feu durant le vote
023 octobre 2011
par El Watan - L'événement
dans Monde
Le ministère de l’Intérieur a rendu public un communiqué dans lequel il rappelle sa décision d’interdire les rassemblements et les sit-in non autorisés dans les différentes régions de la République, précisant que cette interdiction s’inscrit dans le cadre de la préservation de l’état de stabilité sécuritaire que vit le pays et du souci de garantir le bon déroulement de l’opération électorale, le 23 octobre 2011.
Le ministère appelle, dans ce même communiqué, l’ensemble des citoyens «à ne pas se laisser influencer par les rumeurs tendancieuses et les fausses informations», établissant un éventuel recours au couvre-feu ou à d’autres mesures d’exception, «des informations, a-t-il relevé, qui sont dépourvues de tout fondement et dont le dessein est de troubler le citoyen durant la période électorale». Il les exhorte également à œuvrer à assurer le succès de cette échéance nationale au service de l’intérêt supérieur du pays.
«La proportionnelle au plus fort reste»
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Le mode de scrutin adopté pour les élections de l’Assemblée constituante tunisienne prévu aujourd’hui est «la proportionnelle au plus fort reste».
Le nombre des membres de la Constituante et celui des sièges à pourvoir pour chaque circonscription électorale ont été arrêtés sur la base d’un siège en moyenne pour 60 000 habitants. Les élections se dérouleront en un tour, sachant que les sièges seront répartis sur les circonscriptions sur la base de «la proportionnelle au plus fort reste». Le vote se déroulera selon les circonscriptions. Chaque gouvernorat sera considéré comme une circonscription sauf les villes de Tunis, Nabeul et Sfax qui comptent 2 circonscriptions électorales chacune, donnant lieu ainsi à un total de 27 circonscriptions, le nombre de sièges pour chaque circonscription ne devant pas dépasser 10.
Deux sièges supplémentaires seront attribués à chaque gouvernorat dont le nombre d’habitants est inférieur à 270 000 ainsi qu’un siège supplémentaire à chaque gouvernorat dont le nombre d’habitants se situe entre 270 000 et 500 000.
Les 217 sièges sont répartis comme suit : 18 pour les circonscriptions électorales à l’étranger et 199 pour les circonscriptions électorales en Tunisie. Ce scrutin est le premier organisé dans le pays depuis la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier, suite à un soulèvement populaire qui l’a contraint à quitter le pouvoir et le pays. Les membres de l’Assemblée constituante s’attelleront, après leur élection, à l’élaboration de la nouvelle Constitution du pays et à la mise en place des bases d’un nouveau régime politique, outre l’organisation des élections présidentielle et législatives.
l’ISIE réaffirme fermement son indépendance à la veille du scrutin
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Le président de l’instance électorale (ISIE), Kamel Jendoubi, a fermement réaffirmé, hier, l’autorité de sa commission et demandé au gouvernement de s’abstenir de faire toute déclaration concernant le processus électoral à la veille d’une élection historique en Tunisie.
«La seule organisation compétente pour donner des informations concernant l’élection est l’Instance supérieure indépendante pour les élections, personne d’autre», a déclaré M. Jendoubi lors d’un point de presse. «Si des représentants du gouvernement interviennent, cela pourrait compromettre la crédibilité de cette élection. Le gouvernement n’a pas le droit de faire des commentaires concernant le processus électoral», a-t-il poursuivi. M. Jendoubi a précisé à l’AFP que cette mise en garde faisait suite à la déclaration, vendredi, d’un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères qui avait confirmé le remplacement par l’ISIE de trois chefs de bureau de vote à l’étranger. «Cela donne l’impression que le ministère des Affaires étrangères est en charge de l’élection», a-t-il déploré.
«C’est une simple mise au point, pour rappeler que seule l’ISIE est la source d’information concernant le processus électoral. Nous n’avons aucun problème avec le gouvernement, qui a toujours respecté l’indépendance de l’ISIE. C’est un petit incident qui est maintenant clos.» Les présidents de bureau de vote tunisiens dans trois pays arabes, accusés d’orienter le choix des électeurs, ont été remplacés avant le démarrage des élections à l’étranger (qui se sont déroulées mercredi, jeudi et vendredi), avait annoncé l’ISIE vendredi. «Jusqu’à présent, seuls les présidents des bureaux au Qatar, d’Algérie et du Liban ont été remplacés. Nous avons reçu des protestations et des informations sur d’autres bureaux, mais nous analysons les choses avec la plus extrême prudence, au cas par cas. Il nous faut des preuves et vérifier la fiabilité de toutes les informations», a précisé M. Jendoubi.
Il a réaffirmé un «principe simple» : «Si une personne dans un bureau de vote enfreint le principe de neutralité, il sera immédiatement remplacé.» «On ne peut pas prendre ce genre de décision à la légère, nous devons être extrêmement prudents», a-t-il souligné. «Plus de 50 000 personnes sont chargées des élections, il est toujours possible qu’ici ou là il y ait des gens partisans, et on examinera ces cas. Mais cela reste très marginal et ne remet absolument pas en cause le processus électoral», a-t-il insisté.
Plus de 7 millions de Tunisiens sont appelés aujourd’hui à élire une Assemblée constituante, lors du premier scrutin libre de l’histoire du pays, et neuf mois après la chute de l’ex-président Zine El Abidine Ben Ali.
