Monde
AI et Human Rights Watch chargent Khartoum
0
Evoluant déjà depuis longtemps à la marge de la communauté internationale en raison de son caractère autoritaire et des atrocités commises au Darfour, le gouvernement soudanais risque de se voir bientôt subir le même sort que la Libye.
Bien que le président Omar El Bechir se trouve depuis une année sous le coup d’un mandat d’arrêt international, son régime continue de piétiner les droits de l’homme et à pourchasser ses opposants.
L’ONG internationale de défense des droits de l’homme, Amnesty International (AI), vient de révéler que le gouvernement soudanais a arrêté plus d’une centaine de militants de l’opposition à Khartoum et dans sa région en octobre dernier. Beaucoup d’entre eux, ajoute AI, ont déclaré avoir été torturés. «Pour le seul mois d’octobre, plus de 100 personnes ont été arrêtées dans et autour de Khartoum, la capitale. Beaucoup de ceux qui ont été arrêtés ont déclaré avoir été soumis à des tortures ou à d’autres mauvais traitements en détention», a annoncé l’Organisation dans un communiqué rendu public vendredi soir.
Ce n’est pas un euphémisme que de dire que les violations des droits de l’homme sont une tradition bien ancrée au Soudan. La preuve : en septembre dernier, l’Organisation Human Rights Watch avait déjà accusé le gouvernement de Khartoum d’avoir intensifié la répression contre les opposants politiques et souligné le risque de torture encouru par les prisonniers du redouté service de renseignement et de sécurité (NISS).
Amnesty veut la limitation des pouvoirs du NISS
Parmi les personnes arrêtées se trouvaient des membres de l’organisation des Jeunes pour le changement engagés contre la hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires, un militant de 85 ans du parti d’opposition interdit SPLM-Nord et des membres de partis d’opposition légaux. Le 10 octobre à Massoudiya, au sud de Khartoum, plus de 22 personnes ont été arrêtées après une manifestation contre le prix élevé de l’électricité et de l’eau, dont un homme souffrant de handicap mental qui a été battu en détention et un garçon de 13 ans qui a reçu 20 coups de fouet, selon AI.
Lors d’un rassemblement de partis d’opposition le 21 octobre à Khartoum, les forces de l’ordre ont aussi arrêté plus de 10 militants. Selon l’un d’entre eux, membre du parti communiste, le groupe avait été privé de sommeil et de nourriture pendant trois jours. Face à cette situation, Amnesty International a appelé Khartoum à abroger une loi de 2010 autorisant le NISS à mener des perquisitions et détenir des personnes jusqu’à quatre mois et demi sans intervention d’un juge.
Au plan régional, les choses ne sont pas meilleures. Là aussi, le Soudan entretient des relations exécrables avec son voisin du Sud. Et la situation risque à tout moment de dégénérer en un conflit armé ouvert. La cause ? Les champs pétroliers qui sont situés à cheval entre les deux pays. Ainsi, l’ONU a exprimé vendredi son inquiétude et évoqué un possible «crime international» au lendemain d’une série d’attaques meurtrières de l’armée soudanaise contre un camp de réfugiés et une base militaire au Soudan du Sud.
L’armée soudanaise surveillée par des satellites
Les relations entre le régime nordiste du Soudan et son voisin du Soudan du Sud indépendant, depuis le 9 juillet, se sont, cette fois, détériorées en raison de heurts des deux côtés de la nouvelle frontière, dont les deux camps se rejettent la responsabilité. Un porte-parole de l’armée sud-soudanaise, Philip Aguer, a accusé le gouvernement de Khartoum d’avoir lancé une attaque jeudi contre une base militaire à Kuek. Les combats ont duré sept heures et fait cinq morts côté sud-soudanais et 13 côté soudanais, ainsi que des dizaines de blessés.
Le même jour, l’armée soudanaise a aussi bombardé un camp de réfugiés à Yida, dans le nord du Soudan du Sud, abritant 20 000 réfugiés soudanais ayant fui les combats de l’autre côté de la frontière, dans l’Etat nordiste du Kordofan-Sud. Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), deux bombes ont atterri dans l’enceinte du camp, dont une à proximité d’une école, mais il n’y a pas eu de victime. Dans un communiqué, le HCR a exprimé son inquiétude devant les «tensions grandissantes dans les régions frontalières entre le Soudan et le Soudan du Sud, où des centaines de milliers de civils ont été déplacés depuis juin en raison des combats».
Dans la perspective d’éventuelles nouvelles attaques, des personnels de l’ONU ont été évacués et la sécurité a été renforcée dans les régions frontalières et autour des champs pétroliers.
Comme toujours, le gouvernement soudanais du président Omar El Bachir s’est empressé de démentir les deux attaques. Mais selon l’ONG américaine Enough Project, qui milite pour la paix au Soudan, des images satellitaires ont «confirmé» que l’armée soudanaise renforçait actuellement ses capacités de frappes aériennes au Nil Bleu. C’est ce que l’on appelle être pris la main dans le sac.
Les principales mesures de la Ligue arabe contre le régime syrien
0
- Dix-huit pays ont voté en faveur, trois se sont prononcés contre (la Syrie, le Yémen et le Liban) et l’Irak s’est abstenu.
- La Ligue arabe «suspend l’adhésion de la République arabe de Syrie à toutes ses réunions et sa participation à toutes ses instances à compter du 16 novembre, jusqu’à l’application dans sa totalité du plan arabe de sortie de crise accepté par Damas le 2 novembre».
- La Ligue appelle au «retrait des ambassadeurs arabes à Damas», une décision toutefois laissée «à la discrétion de chaque Etat souverain» membre de l’institution.
- Les ministres arabes se sont également mis d’accord sur le principe de «sanctions économiques et politiques», sans fournir plus de détails.
- La Ligue «invite tous les courants de l’opposition syrienne à se réunir au siège de la Ligue arabe sous trois jours, pour convenir d’un projet commun pour la période de transition à venir en Syrie. Le Conseil des ministres attend les résultats de ces consultations et jugera à l’issue de ces travaux de ce qu’il convient de faire concernant la reconnaissance de l’opposition syrienne».
- La Ligue a décidé, «dans le but de protéger les civils syriens», de «contacter immédiatement les organisations arabes» concernées. Et si la violence et les assassinats ne s’arrêtent pas, le secrétaire général, Nabil Al Arabi, contactera les organisations internationales, y compris les Nations unies.
Obama applaudit la Ligue arabe
0
Le président américain, Barack Obama, a «applaudi», hier, la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie de l’organisation, saluant une «étape importante» qui «démontre l’isolement diplomatique croissant» du régime de Bachar Al Assad.
Le Président a salué, dans un communiqué, «l’initiative de la Ligue arabe pour mettre un terme à la crise et tenir le gouvernement syrien responsable» de la répression des manifestations de l’opposition et de violations des droits de l’homme.
L’UE apporte son «plein soutien»
0
L’Union européenne a apporté son plein soutien aux décisions de la Ligue arabe, qui a annoncé hier la suspension de la Syrie et a menacé le pouvoir syrien de sanctions s’il continue à ignorer le plan de règlement élaboré par l’institution panarabe.
«Nous soutenons pleinement les décisions prises par la Ligue arabe aujourd’hui, qui montrent l’isolement croissant du régime syrien», a déclaré à l’AFP un porte-parole de la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton. «Nous saluons l’offre de la Ligue arabe de mettre fin aux violences et de mettre en œuvre les réformes que le peuple syrien a réclamées courageusement au cours des derniers mois», a déclaré Michael Mann, le porte-parole de Mme Ashton.
La solitude du tyran
013 novembre 2011
par Hassan Moali
dans Monde
Enfin ! Attendue depuis des mois, la décision de la Ligue arabe de sortir de ses rangs le régime assassin de Damas a fini par tomber. Grand soulagement en Syrie et dans le monde entier. La Ligue arabe a en effet annoncé, hier, la suspension de la Syrie et menacé Damas
de sanctions.
C’est incontestablement une première dans les annales de cette organisation, réputée être une annexe du ministère égyptien des Affaires étrangères sous Moubarak et, depuis peu, perchoir des monarchies du Golfe.
Il a donc fallu des milliers de morts en Syrie pour que cette auguste assemblée peuplée de potentats arabes prenne son courage à deux mains et ose ce sursaut d’orgueil. Mais ne faisons pas la fine bouche. Cette décision, qui fera date dans l’histoire jalonnée de compromissions de la Ligue, constitue un cinglant camouflet diplomatique au régime de Bachar Al Assad, qui se voit ainsi lâché par ses congénères. Et ce n’est pas rien, venant de l’organisation la plus arriérée et la plus anachronique du monde. Sans doute que les voix libérées des nouveaux régimes de Tunisie, de Libye et d’Egypte ont lourdement pesé dans cette sanction inédite contre un frère de sang, qui plus est incarne un panarabisme incantatoire.
Pour Bachar Al Assad, c’est une douche froide que de se rendre compte qu’il n’a plus le parapluie arabe pour cacher sa folie meurtrière. Une nouvelle ère qu’il n’a pas su apercevoir après la chute de trois de ses anciens «potes». Le maître de Damas est depuis hier un «raïs» seul qui devra faire face à l’indignation internationale pour ses crimes contre l’humanité. Pour avoir traîné la patte dans la mise en œuvre du plan de sortie de crise de la Ligue arabe, qu’il avait pourtant accepté, Bachar Al Assad aura bêtement grillé son joker.
La Ligue arabe prend des couleurs…
De fait, à la lumière de ce qui s’est passée en Libye pour feu El Gueddafi, le processus vital du régime Al Assad est d’ores et déjà engagé. En décidant de «suspendre la participation des délégations syriennes aux travaux», la Ligue arabe a retiré sa couverture aux crimes commis par le régime syrien. Une mesure qui prendra effet dès mercredi prochain, selon un communiqué lu par le chef de la diplomatie du Qatar, Hamad Ben Jassem Al Thani, à l’issue d’une réunion ministérielle au siège de l’institution, au Caire.
Et ce n’est pas fini ! La Ligue arabe a aussi appelé au retrait des ambassadeurs arabes à Damas, avec cette précision tout de même que la décision finale «relevait de la souveraineté de chaque Etat membre». La Ligue prône également des «sanctions politiques et économiques» contre le pouvoir syrien s’il continue à ignorer le plan de règlement arabe, a dit Hamad Ben Jassem Al Thani, sans donner plus de précisions sur ces mesures.
Signe que l’organisation panarabe veut se débarrasser de l’image peu glorieuse de syndicat des dictateurs, 18 de ses 22 membres ont voté ses décisions (trois se sont prononcés contre la Syrie, le Yémen et le Liban – et l’Irak s’est abstenu) dont celle appelant «tous les courants de l’opposition à se mettre d’accord sur un projet unique pour la gestion de la transition prochaine en Syrie». Cette précision, donnée à la presse par le ministre qatari des Affaires étrangères, suggère clairement que la Ligue est déjà dans l’après-Assad. Premier acte de cette feuille de route, la Ligue arabe a dit souhaiter rencontrer tous les courants de l’opposition syrienne «sous trois jours au Caire».
C’est dire que cette organisation semble sur la même longueur d’onde que l’opposition syrienne incarnée notamment par le CNS de Burhan Ghalioune, et dont la suspension de l’adhésion de la Syrie à la Ligue était l’une des principales revendications. Reste à savoir quelle sera la réaction du tyran de Damas qui a tué plus de 3600 personnes en quelques mois. Mais les premiers commentaires de son ambassadeur au Caire, qui a qualifié «d’illégales» les mesures de la Ligue, ne laissent pas trop de suspense.
El Gueddafi, Al Assad, même combat et certainement même fin. Tragique.
Sages, solennels et soucieux du secret du vote : Les Tunisiens aux urnes
0
Vous dire pour qui j’ai voté ? Vous plaisantez, j’espère. Le vote est secret ! » Ils sortent des bureaux de vote, l’index bleu, sourire aux lèvres, fiers et solennels à la fois.
Depuis 7h, hier, les Tunisiens votaient, en masse. Après une affluence record dans la matinée, le flux s’est ralenti, mais à une heure de la fermeture des bureaux, des dizaines d’électeurs patientaient encore, carte d’identité à la main. Un quart d’heure avant l’ouverture, ils étaient des centaines à attendre dans certains quartiers. Sagement, tranquillement. Pas de débordement de joie, mais une fierté évidente. A Mutuelleville, un quartier chic de la capitale, un jeune homme s’est enroulé dans le drapeau tunisien pour venir accomplir son devoir électoral. A Ettadhamen, une cité populaire, hommes et femmes attendaient séparément.
Les voiles multicolores tranchaient sur les costumes noirs. Militaires et policiers étaient discrets, mais très présents. La majorité des électeurs votent pour la première fois. «Avant, je ne faisais aucun effort pour venir voter, c’était une mascarade», dit Salma Cherif, un médecin de 48 ans, à Mutuelleville. «Je suis très content, je me sens bien», sourit Ahmed Radali, en s’enroulant dans une grande cape d’un geste théâtral et en agitant son index couvert d’encre bleue – marque indélébile 48 heures que portent tous les votants – à la sortie d’un bureau d’Ettadhamen. «Non, je ne vous dirai pas pour qui j’ai voté. Aujourd’hui, il n’y a plus personne pour vous mettre un pistolet sur la tempe, pour vous étrangler ou vous donner des coups dans les côtes les jours d’élection !», dit-il dans un grand éclat de rire.
Les gens attendent patiemment, sans bousculade. Les observateurs tunisiens, de jeunes gens identifiables à leur badge, dirigent gentiment, appellent le service téléphonique dédié pour aider les électeurs perdus à retrouver leur bureau. Dans le bureau d’Ettadhamen, un homme reste longtemps dans l’isoloir aux couleurs de la commission électorale indépendante (ISIE) qui a organisé cette élection historique. L’énorme bulletin de vote, de format A3, suscite sa perplexité, il avouera avoir hésité jusqu’au dernier moment. Il sort finalement, le bulletin plié en quatre et le dépose dans l’urne transparente. «C’est beau», murmure l’agent de l’ISIE debout à côté de la boîte en plastique déjà bien remplie. Dans la cour de l’école, des vieux se sont assis derrière les pupitres d’écolier, en attendant leur tour. Hassen et Latifa, accrochés l’un à l’autre, sont venus en couple.
Ils ont coché la liste d’Ennahda, le parti islamiste favori du scrutin. «C’est une décision réfléchie, j’ai bien lu leur programme», dit Hassen. «C’est la première fois qu’on pratique la démocratie en Tunisie, il faut bien faire les choses», ajoute-t-il solennellement. En fin d’après-midi, dans un bureau de vote de la Cité olympique de Tunis, des dizaines d’électeurs attendent encore, une majorité d’hommes.
Là aussi, femmes et hommes en files séparées. «Apparemment par galanterie», glisse Souad, une étudiante de 21 ans, avec ironie. Elle, votera «à gauche». Dans ce bureau «d’habitués», «seule une dizaine de personnes sur des centaines» d’électeurs ont été refoulées, affirme Maha Gattoufi, jeune volontaire de l’ISIE. A 17h, «70% des électeurs» avaient voté, estime-t-elle, montrant des listes d’émargement bien remplies. Abdallah Zidi, 66 ans et belle barbe blanche taillée en trapèze à la Karl Marx, tient à montrer sa carte d’identité: «Je suis né le 1er avril 1945. Toute ma vie a été un poisson d’avril, mais là, cette fois, je suis venu pour faire valoir mon droit», dit-il. Malgré un mal de jambe tenace, il a tenu à faire la queue: « On m’a proposé de m’asseoir, mais je ne voulais pas. Je voulais voter comme tout le monde, debout.»
Le jour se lève sur la Tunisie
024 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Atteinte d’une forte grippe, Moufidha Bouslimane, quinquagénaire, a fait le déplacement pour accomplir son devoir électoral ; elle patiente comme beaucoup d’autres dans la file d’attente à l’intérieur de l’école primaire de Menzah VI.
La file s’étend à l’extérieur sur au moins 300 mètres, mais les électeurs ne montrent aucun signe d’impatience. L’affluence devant est en effet impressionnante en cette matinée ensoleillée ; l’ambiance est marquée par des échanges fraternels. La foule dégage ostensiblement une aura d’espoir dans l’urne sortie du ventre de la révolution après neuf mois de gestation.
Mme Bouslimane n’a jamais voté de sa vie : «Quand Bourguiba a déclaré l’indépendance de la Tunisie, je n’avais que 16 ans et avant d’atteindre la majorité, les élections étaient déjà devenues des simulacres.» Notre dame, altière, se sent renaître en ce jour béni pour la nation tunisienne. «Quand je vois cette longue file d’attente, je sais que je suis dans un pays évolué et j’en suis fière», lance-t-elle. Se disant confiante dans la transparence des élections et la sincérité de ses organisateurs, la dame affiche sa répulsion pour les islamistes qui, selon elle, ne font pas l’intérêt du pays et menacent les acquis gagnés du temps de Habib Bourguiba. Elle ajoute que les pays qui ont tenté le modèle islamiste ont tous échoué.
«Je voterai pour le PDP (Parti démocratique progressiste, ndlr) parce qu’il est capable de sauvegarder les acquis démocratiques et d’aller de l’avant», avoue notre interlocutrice.Hier, les Tunisiens, défiant toutes les prévisions, sont sortis massivement pour accomplir leur devoir citoyen. A 17h, le taux de participation avait franchi la barre des 80%, annonçait, étonné, Kamel Jendoubi, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), lors d’une conférence de presse tenue au Centre international de presse. Du jamais vu, mais rien d’anormal sachant qu’il s’agit des premières élections dont les résultats ne sont pas connus d’avance.
Misère des Ghannouchi
A-t-elle peur d’éventuels dérapages qui se produiraient à la suite de ces élections ? Moufida Bouslimani répond par la négative, affichant sa confiance en l’Etat qui, dit elle, a recouvré ses moyens pour imposer l’ordre.
Dans ce même bureau de vote, Mohamed Ghannouchi, Premier ministre désigné après le 14 janvier et ayant démissionné un mois plus tard, est venu voter dès l’ouverture du bureau. Interdit de pénétrer dans le centre avec ses gardes du corps, M. Ghannouchi n’a pas eu non plus la grâce de ses concitoyens qui lui ont refusé tout avantage, l’obligeant à se mettre dans la file comme n’importe qui. Image forte d’une nouvelle Tunisie qui n’accorde guère de crédit à ceux qui la gouvernent et fait de l’égalité une réalité pratiquée au quotidien.
Misère aussi pour Rached Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahdha et homonyme de l’ancien Premier ministre. Lors de son arrivée au bureau où il devait voter à Menzah V, il a essuyé à un affront inoubliable devant des centaines de citoyens qui l’ont encerclé aux cris de «Assassin, dégage!». Le cheikh a été impuissant face à ses assaillants et ses tentatives de prendre la parole pour se défendre ont été vaines.
Cet incident, filmé par des gens présents sur les lieux, a vite fait le tour des réseaux sociaux. Cette image ne serait pas, cependant, un indicateur très fiable de la tendance dans une banlieue plutôt aisée, dominée par une population moderniste attachée aux libertés et farouchement opposée au projet islamiste.
Libres et indépendants
Chawki Tabib est tête de la liste indépendante «Libres et indépendants», qui tente sa chance dans la circonscription d’Ariana. M. Tabib n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit du président de la Ligue tunisienne de la citoyenneté et aussi membre influent du Conseil de l’Ordre national des avocats tunisiens, l’un des architectes de la révolution du 14 janvier.
Contrairement à d’autres, le candidat d’Ariana se dit très confiant concernant le processus actuel et l’avenir politique de la Tunisie. «En neuf mois, les Tunisiens ont délogé Ben Ali et ensuite choisi la voie de la Constituante qui dénote d’une volonté de rupture avec le passé. Malgré une évolution en dents de scie, nous avons empêché l’effondrement de l’Etat», souligne notre interlocuteur.
Pour lui, les 116 partis, y compris Ennahda, ne représentent que 6 à 7% de la population. Les Tunisiens n’ont pas de traditions partisanes et souffrent encore du manque de confiance dans la classe politique actuelle. C’est ce qui justifie la priorité qu’il a accordée à la société civile.
«Le mode du scrutin par liste favorise les partis plus que nous, mais même si on ne gagne pas, nous avons gagné. L’essentiel étant de participer à cette fête», souligne encore M. Tabib, qui se classe au centre politique et milite pour un régime mixte où il y a équilibre des pouvoirs entre la Présidence et le Parlement, deux institutions qui tirent leur légitimité du suffrage universel, précise-t-il. «L’avenir de la démocratie dépendra aussi de l’indépendance de la justice et de la création d’une Cour constitutionnelle dont le rôle ne se limite pas à la consultation», termine l’avocat. C’est le vœu cher à la majorité des Tunisiens qui ont fait preuve, hier, d’une maturité inédite dans le monde arabe.
Les résultats officiels «annoncés demain»
0
Les résultats «officiels» de l’élection de l’Assemblée constituante hier en Tunisie «seront annoncés demain», a déclaré le président de la commission électorale indépendante (ISIE), Kamel Jendoubi.
«On va essayer d’avoir des résultats dès lundi mais les résultats officiels seront annoncés mardi après-midi lors d’une conférence de presse», a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Tunis. L’ISIE avait initialement prévu de donner des résultats aujourd’hui. Mais l’affluence des électeurs, qui continuaient à arriver dans les bureaux de vote une heure et demie avant la clôture (prévue à 19h, 18h GMT), et quelques dysfonctionnements logistiques pourraient retarder les opérations de dépouillement. «On fera de notre mieux.
Les gens se sont déplacés massivement. C’est un énorme travail qui nous attend encore», a déclaré à l’AFP Souad Triki, la vice-présidente de l’ISIE. Le taux de participation à ce scrutin historique, neuf mois après la révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir, «s’approche des 70%», a déclaré peu auparavant
M. Jendoubi.
Affluence nombreuse, selon le consul général
024 octobre 2011
par Gaidi Mohamed Faouzi
dans Monde
Ils étaient nombreux les ressortissants tunisiens sur les quelque 5000 inscrits et établis dans 12 wilayas de l’Est, dépendant du consulat général de Tunisie à Annaba, à avoir accompli, du 20 au 22 octobre, leur devoir d’élire la première Assemblée constituante de la Tunisie de l’après-Zine El Abidine Ben Ali, apprend-on auprès de Youssef Larfaoui le consul général de Tunisie à Annaba.
Ouvert de 7h à 19h, huit bureaux implantés à Annaba, Constantine, Sétif, Souk Ahras, El Tarf, Besbes, El Kala et Tébessa leur ont été réservés à l’effet de choisir leurs représentants nationaux affichés sur 18 listes de candidats de différentes couleurs politiques. Durant trois jours, les nombreux ressortissants tunisiens des deux sexes et de tout âge se sont déplacés vers les bureaux les plus proches pour exercer leur devoir électoral, aspirant à une réelle démocratie. Le scrutin s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, indique-t-on, sous l’œil vigilant d’une dizaine d’observateurs venus consolider une crédibilité déjà établie.
«Nous sommes très reconnaissants envers l’administration algérienne qui n’a pas lésiné sur les moyens humains et matériels pour faire de ce rendez-vous historique une réussite», nous a déclaré Youssef Larfaoui, le consul général de Tunisie à Annaba. Sur le plan des résultats, la même source a expliqué que «l’opération de dépouillement s’effectuera dans chacun des huit bureaux désignés pour abriter le vote de la première Assemblée nationale constituante de Tunisie. Les résultats seront transmis à l’ambassade de Tunisie à Alger qui, à son tour, annoncera les résultats».
Mission accomplie pour Caïd Essebsi
024 octobre 2011
par Nouri Nesrouche
dans Monde
Ses derniers mots sous la casquette de Premier ministre, il les a prononcés jeudi soir devant les membres de son gouvernement. Beji Caïd Essebsi a envoyé à l’endroit de son peuple un véritable message d’adieu.
En effet, la mission du gouvernement provisoire a officiellement pris fin hier au bout de huit mois de gouvernance qu’on ne peut qualifier de sinécure. L’homme a accepté de prendre les clés du palais gouvernemental à un moment critique de l’après-14 janvier et très peu auraient voulu être à sa place, tant la mission relevait de l’impossible au milieu d’une Tunisie en proie à une agitation tous azimuts. Quand il a été désigné à ce poste, le 27 février, le palais était assiégé par les manifestants lors du fameux siège de Casbah II qui a fait tomber Mohamed Ghannouchi.
Quel bilan peut-on établir du gouvernement Caïd Essebsi ? Même si les appréciations sont partagées au sein de la classe politique, la majorité s’accorde à reconnaître le rôle positif joué par le Premier ministre dans le redressement du bateau Tunisie qui menaçait de couler en début d’année.
Tout de suite, il a tenu à rompre avec le flou et l’indécision qui ont marqué le style de son prédécesseur, en donnant des signaux forts, notamment avec le choix d’organiser des élections pour une Assemblée constituante. Résultat : le siège a été levé et beaucoup de voix se sont élevées pour approuver ses options, ce qui, du coup, a permis de faire baisser la pression.
Hormis le secrétaire général du Parti ouvrier communiste (POCT), Hamma Hemmami, qui a jugé négatif le bilan de Caïd Essebsi, les autres tendances, y compris Ennahda, ont exprimé leur satisfaction des décisions prises par le gouvernement, notamment la création de la Haute-Instance de réalisation des objectifs de la révolution, instance dont on reconnaît aujourd’hui le rôle décisif.
Dans son discours de jeudi, le Premier ministre sortant s’est même réjoui d’avoir réalisé des résultats économiques positifs en dépit d’un climat hautement défavorable. Une amélioration qui se traduit, entre autres, par des chiffres d’emploi nettement meilleurs, a-t-il dit, que ceux du temps de Ben Ali. Le conférencier a indiqué aussi que les Tunisiens n’ont souffert ni de pénuries ni de coupures des services fournis par l’Etat. L’élection de l’Assemblée constitutionnelle a lieu. Il a tenu aussi sa promesse de rétablir l’ordre et plus encore, les Tunisiens se sont remis au travail, même si la machine a fonctionné en deçà de son régime habituel.
Le jugement des symboles de l’ancien système, troisième promesse, a lieu aussi quoique ce processus nécessite davantage de temps. Ces prouesses lui valent aujourd’hui respect et remerciements de la part des acteurs politiques indépendamment de leurs tendances.
