Monde

Incertitude politique en égypte à quatre jours des élections

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Le discours du Chef suprême des forces armées (CSFA), le maréchal Hussein Tantaoui, de mardi soir, n’a pu ramener le calme en Egypte. Les heurts ont repris, hier en début de soirée, à la place Tahrir, où les manifestants avaient passé la nuit. Les jeunes se dirigeaient par milliers pour occuper la place Tahrir pour une deuxième nuit consécutive, alors que le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a appelé, hier, à une enquête indépendante sur ces violences contre des manifestants. «J’invite les autorités égyptiennes à ne plus faire usage de violence contre les manifestants de la place Tahrir et, d’ailleurs, à ne plus utiliser les bombes lacrymogènes, les balles en caoutchouc et les balles réelles», a indiqué un communiqué de l’Organisation. L’évolution des événements fait craindre le pire. La classe politique cairote retient son souffle et appréhende des développements qui peuvent retarder le processus de transition vers la démocratie. L’armée, qui dirige le pays depuis la chute de Moubarak, a perdu de sa crédibilité après l’assassinat d’une trentaine de jeunes. Les populations lui font porter la responsabilité. Ces événements surviennent à quatre jours de la tenue des premières élections démocratiques dans le pays. Ce qui annonce une transition longue et tortueuse. Des voix s’élèvent d’ores et déjà pour exiger le report des élections législatives prévues pour lundi prochain. C’est le cas du parti de Wafd et de la figure de proue de l’opposition, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei. La démission du gouvernement de Issam Charaf, à quelques jours de cette échéance électorale, rend la situation plus complexe. Le Parti de la liberté et de la justice, bras politique de la confrérie des Frères musulmans, quant à lui, réclame le respect du calendrier électoral. D’où une prise de distance par rapport aux appels des manifestations. Ils sont les grands perdants dans ce nouveau bras de fer engagé entre le Conseil suprême des forces armées et les manifestants. «Ces événements sont survenus suite à un accord tacite entre les militaires et les Frères musulmans. En pactisant avec les Frères musulmans, l’armée voulait se mettre à l’abri de la colère de la rue, pensant que ‘les frères’ contrôlent la rue, mais ces derniers exercent des pressions sur le Conseil suprême de l’armée pour satisfaire leur demande quitte à en exclure les autres forces politiques», analyse Karem Mahmoud, secrétaire général du Syndicat des journalistes égyptiens. Pour lui, il est nécessaire «d’ajourner la tenue des élections, de remettre le pouvoir soit à un gouvernement de salut national ou bien à la Cour constitutionnelle. Le Conseil suprême de l’armée doit quitter le pouvoir très rapidement», estime Karem Mahmoud. Devant ce cafouillage politique, l’idée de la mise en place d’un gouvernement de salut national avec de larges prérogatives fait son chemin. Mais le temps presse. Le nom de Mohamed El Baradei est avancé pour diriger ce gouvernement. Pas si sûr. S’il accepte ce poste, ses chances pour la présidentielle risquent de s’amenuiser en cas d’échec dans la gestion de cette période de crise. Mais pour l’instant, rien d’officiel. Le CSFA garde son seul scénario. Tenir les élections législatives dans les délais fixés. Et si la tension ne baisse pas, le risque d’un dérapage est possible. En somme, l’épreuve des urnes qui devait être un passage vers la démocratie s’avère une étape pas si facile à atteindre en Egypte, contrairement à la Tunisie.

Le Royaume sera-t-il islamiste ?

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La réforme constitutionnelle, approuvée massivement le 1er juillet dernier par référendum, est boycottée par les partis de gauche et le fameux Mouvement des jeunes du 20 février. Maroc. De notre envoyé spécial   Pour moi, les gens Jamaat al adl wa tanmia (le Parti de la justice et du développement, PJD) sont honnêtes  et veulent vraiment changer les chose au Maroc ; je vais donc voter pour eux.» Pour Abderrahmane, qui nous embarque dans sa vieille Mercedes blanche depuis la gare ferroviaire Casa-Port, voter PJD est presque un devoir national. Originaire d’Agadir, dont il garde intact l’attachement à ses racines chleuh (amazigh), Abderrahmane pense que la victoire du parti islamiste ne fait pas l’ombre d’un doute. Ce chauffeur de taxi le dit non pas comme une fatalité, mais  croit fermement que les gens du Parti de la justice et du développement (PJD) sont la dernière chance du Maroc. Un sentiment largement partagé dans un pays qui aura tout essayé et consommé jusqu’à l’overdose un personnel politique dépassé et, pis encore, corrompu.   Inévitablement donc, le PJD est donné vainqueur. Surfant sur la vague Ennahda de Tunisie, la formation islamiste de Abdelilah Benkirane ne se fait pas d’illusion sur une onction populaire, demain soir. Avec ses 47 députés dans l’Assemblée sortante où il faisait de l’opposition, le PJD va, sauf surprise, prendre les commandes du Parlement et du gouvernement  marocain. Experts, observateurs et médias répètent en chœur que l’alter ego d’Ennhada en Tunisie va rafler la mise. Un discours lifté à la convenance de la jet-set Ayant gardé intacte son aura auprès des classe populaire – le Maroc d’en bas –, le PJD a su également lifter son discours politique pour draguer la haute société et la jet-set du royaume. «Le PJD recrutait déjà au sein de ce qu’on pourrait appeler la petite bourgeoisie pieuse ou la bourgeoisie commerçante. Aujourd’hui, une bonne partie des hommes d’affaires et des réseaux d’influence semblent résignés à une victoire du parti islamiste», analyse, lucide, le politologue Mohamed Tozy. Mais pour les dirigeants du PJD, c’est juste le couronnement du processus de maturation d’un mouvement entré par effraction dans le paysage politique et qui estime légitime désormais voler plus haut. «En 2002 puis en 2007, nous avons fait le choix d’accompagner la transition en faisant passer l’intérêt national en premier. Nous avons donc accepté de limiter nos candidatures au niveau national. Aujourd’hui, il est temps de laisser faire la démocratie pour que chaque formation politique ait  la représentation qu’elle mérite», tranche Saâd Eddine El Othmani, expatron du PJD, candidat à Mohammedia. Et pour réussir cette métamorphose tactique, il a fallu changer le casting. Depuis son arrivée aux commandes du PJD en 2008, Abdelilah Benkirane, connu pour son caractère bien trempé et son discours tranchant, a montré les crocs. Il n’a pas hésité ainsi à s’en prendre ouvertement au patron du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), Fouad Ali El Himma, l’ami du roi, l’accusant de corruption politique et dont le «tracteur» (symbole du parti) a écrasé tout sur son passage en 2007. Il fallait le faire ! Et les Marocains apprécient ces coups de sang du chef du PJD, qui ont pimenté une campagne bien terne. Ce discours sec et ô combien vrai semble avoir séduit les Marocains, plutôt enclins à une «moralisation» de la vie politique même à la sauce PJD. Qui mieux donc qu’un parti islamiste pour mener un tel chantier dans un royaume gangrené par la corruption ? Benkirane, l’homme qui tombe à pic Quels que soient leur niveau et leur statut social, la majorité des Marocains tombent, comme enivrés, dans les bras de Benkirane qui incarne, à leurs yeux, le redresseur de torts tant attendu. Décidé lui aussi à aller au charbon, il traduit son engagement : «On ne peux pas demander aux gens de voter pour nous et de rester dans l’opposition.» Abdelilah Benkirane  a donc franchi – verbalement pour l’instant – le pas pour aller à la conquête du pouvoir. Pour y parvenir, ses ouailles et lui ont entrepris de démolir politiquement le PAM, ce conglomérat d’hommes d’influence idéologiquement inclassable mais qui dispose de solides attaches avec le palais. Comme pour Ennahda en Tunisie, les responsables du PJD ont jugé utile, voire vital, de troquer leur accoutrement islamiste pour enfiler le costume de décideurs prêts à retrousser leurs manches pour régler les grands problèmes du Maroc. En 2011, moins qu’un costume serait beaucoup trop étroit pour y enfermer le programme du PJD. C’est le sens de la feuille de route remise aux têtes de listes de ce parti pour prêcher la bonne parole. C’est que la direction du PJD a compris qu’il fallait mettre sous le coude certains axes programmatiques à forte connotation morale et religieuse, pour capter les voix de ceux qui craignent une islamisation rapide du «royaume moderne» de cartes postales. Serait-ce suffisant pour remporter le jackpot et donner la réplique marocaine à Ennahda tunisienne ? Pour le magazine Tel Quel, il ne fait pas l’ombre d’un doute : «Le Maroc sera islamiste», en gros caractères et en couverture. Nuit de doute.  

Nouvelles du Maroc

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- Les forces en présence Bien qu’il étrenne le statut de vainqueur potentiel, le PJD va devoir faire face à de redoutables machines électorales, rompues à l’exercice et aux arcanes du pouvoir.    - Le G8 Le «G8» réunit huit partis politiques dont le Rassemblement national des indépendants (RNI, libéral) du ministre de l’Economie Salah Eddine Mezouar (38 députés), le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), le mouvement populaire (MP) et l’Union pour le changement (UC), entre autres. Ce bloc, baptisé «Alliance pour la démocratie», qui rassemble des partis hétéroclites suscite des grincement de dents chez le PJD, mais aussi chez l’historique Istiqlal de Abbas Al Fassi, qui y voient un coup fourré destiné à leur faire barrage, ou tout au moins à rendre amère leur victoire par un score étriqué.    - La Jamaâ et le M20 font faux bond au PJD Si en 2007, la Jamaâ de cheikh Yassine, tolérée mais non reconnue, n’a pas gêné le PJD avec lequel elle partage la même extraction idéologique en laissant ses troupes voter librement, ce ne sera pas le cas cette fois. Demain, les milliers de militants de cette association, sans doute la plus puissante du royaume, vont boycotter le scrutin. Et ce sont autant de voix qui partent en fumée pour le PJD. Puissamment engagée dans le Mouvement du 20 février (M20) qui regroupe aussi des militants de gauche et des jeunes berbéristes réclamant une monarchie constitutionnelle, Al Adl Wal Ihssane aura largement contribué à la disqualification du scrutin de demain. On est donc face à une élection où la première force politique du royaume ne participera pas. L’enjeu, comme le souligne le directeur de Tel Quel, est non pas de prendre le pouvoir, mais d’y être associé. Karim Boukhari rappelle utilement que l’essentiel du pouvoir, au Maroc, reste au mains du roi.    - Qui gouvernera le Maroc ?     On sait déjà qu’aucun parti n’aura plus de 25% des sièges au Parlement de par le régime électoral marocain en vigueur et l’atomisation du paysage politique. Le PJD ne pourra donc pas gouverner seul, quand bien même il arriverait en tête. Il sera donc appelé à nouer des alliances. Mais à ce jeu, sa marge de manœuvre parait étroite tant – mis à part l’Istiqlal de Abbas Al Fassi (52 députés) qui pourrait être tenté par un compagnonnage – les autres partis sont plus ou moins liés au palais. Difficile en effet d’imaginer le PJD s’asseoir aux côtés du PAM, du RNI ou du PP. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le PJD pourrait gagner demain et s’installer encore dans l’opposition ! Eh oui, si le parti de Benkirane n’arrive pas à former un gouvernement, il sera contraint de rendre le tablier à Mohammed VI. Un scénario très probable qui présente l’inconvénient d’induire ipso facto une radicalisation du discours du PJD, qui se sentirait évidemment frustré d’une victoire électorale. A moins que le monarque, dont le palais a été déjà ébranlé par le Mouvement du 20 février, ne fasse les arbitrages nécessaires pour permettre au PJD de disposer d’une parcelle de pouvoir, histoire de le tenir en laisse.     - Les élections n’emballent pas grand monde Le taux de participation aux législatives de demain servira sans doute de baromètre politique pour juger de la crédibilité des réformes politiques édictées par le roi. Or, force est constater, au Maroc, que la partie est loin d’être gagnée. Malgré une campagne de proximité et un affichage racoleur qui vous accueille dès le hall de l’aéroport international de Casablanca, on à peine à deviner que ce pays s’apprête à vivre un rendez-vous politique crucial.  A Casa, mis à part quelques petites affiches de fortune collées sporadiquement, il n’y a vraiment pas photo, au propre et au figuré. Pourtant, le makhzen n’a pas lésiné sur les moyens et les supports de communication pour convaincre les Marocains d’aller voter. Radios, télévisions, tracts écrits en «darija» (dialecte marocain) prêchent à longueur de journée la bonne parole. Il en faudra visiblement un plus pour faire bouger les Marocains «d’en bas», écrasés par des conditions sociales difficiles, loin des statistiques et des classements fardés servis royalement par les organismes occidentaux français, notamment pour faire plaisir à «leur ami» le roi.  La réalité du Maroc, aujourd’hui, est hélas beaucoup plus compliquée. Avec des réserves de change juste suffisantes pour assurer cinq mois d’importations, les fondements économiques du royaume chancellent plus que jamais. Facteur aggravant, M6 ne pourra pas compter sur le monde occidental, lui aussi fortement ébranlé par la crise. Avec la France qui risque de perdre son précieux «AAA», c’est l’étoile du Maroc où il faisait bon vivre qui en pâlira un peu plus.  Difficile alors de mobiliser les 13 millions de Marocains pour aller glisser le bulletin dans l’urne, d’autant plus que les acteurs n’ont pas grand-chose à offrir dans un pays qui, comme l’Algérie, dépend presque entièrement de l’extérieur. Cette fatalité économique et sociale, conjuguée à une architecture constitutionnelle des réformes politiques loin d’être un modèle de démocratie, semble expliquer ce sentiment de résignation général.  - Les observateurs de l’UE affichent un rictus A cinq jours du scrutin, la campagne électorale pour désigner 395 futurs députés est «relativement terne, avec peu d’affiches». «Nous n’avons perçu une grande motivation», regrette le chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Les quelques 4000 observateurs marocains et étrangers risquent donc de chômer, demain, dans les bureaux de vote.

L’actu du monde arabe

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Bahreïn : la commission indépendante dénonce l’usage «excessif» de la force Une commission d’enquête indépendante sur la répression de la contestation à Bahreïn a dénoncé hier «un usage excessif et injustifié de la force» de la part des autorités, qui ont annoncé accepter ses conclusions, rapporte l’AFP.  Dans son rapport rendu public, cette instance chargée par le roi Hamad Ben Issa Al Khalifa d’enquêter sur les troubles qui ont secoué cette monarchie du Golfe, en février et mars, dans le sillage des révoltes arabes, a cependant affirmé ne pas avoir trouvé de preuve d’une implication de l’Iran. Le gouvernement du Bahreïn a annoncé «accueillir favorablement les résultats de l’enquête» de la commission indépendante et «reconnaître ses critiques», alors que le roi a promis des «réformes» à l’effet de «réaliser l’entente nationale». Les autorités bahreïnies «ont eu recours à un usage injustifié et excessif de la force», notamment dans le but de «terroriser» les contestataires, a annoncé son président, le juriste Cherif Bassiouni, lors d’une cérémonie retransmise par la télévision officielle en présence du roi. Le rapport a indiqué que 35 personnes, 30 civils et 5 membres des forces de sécurité, ont trouvé la mort lors des troubles, alors que les autorités avancent le chiffre de 24 morts dont 4 policiers. Koweït : arrestation d’activistes pour la prise d’assaut du Parlement La police koweïtienne a arrêté, hier, au moins un activiste de l’opposition après la récente prise d’assaut du Parlement et d’autres militants se sont rendus volontairement, a annoncé leur avocat cité par l’AFP. «La police a arrêté un jeune activiste, Youssef Al Chatti, dans la matinée, à l’aéroport de Koweït», a déclaré maître Al Humaidi Al Subaie, coordinateur d’un collectif de défense de l’opposition. Il a ajouté que le parquet a émis une cinquantaine de mandats d’arrêt contre des militants de l’opposition pour leur participation à l’assaut contre le Parlement, la semaine dernière, et des heurts avec les forces de sécurité.  Yémen : le président Saleh signe l’accord de transfert du pouvoir Le président yéménite Ali Abdallah Saleh a signé, hier à Riyad, un accord pour le transfert pacifique du pouvoir dans son pays, secoué depuis dix mois par une vague de contestation populaire, selon l’AFP. La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du roi d’Arabie Saoudite, Abdallah Ben Abdel Aziz, et des ministres des Affaires étrangères des monarchies arabes du Golfe, au palais royal Al Yamamah. Le président Saleh refuse depuis avril de parapher ce plan de sortie de crise proposé par les monarchies du Golfe. Des représentants du parti au pouvoir au Yémen et de l’opposition ont ensuite signé un mécanisme d’application de ce plan, en vertu duquel le président Saleh doit quitter le pouvoir dans un délai de trois mois. En vertu de cet accord, Abdallah Saleh, en échange de l’immunité pour lui-même et ses proches, doit remettre le pouvoir pour une période intérimaire à son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, un homme de consensus.  AFP

Une nuit avec les révoltés de la Place Tahrir

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Par réflexe naturel, les comités populaires révolutionnaires se mettent en place rapidement. Chacun sait ce qu’il doit faire. Comme au «bon vieux temps» de la révolution, en janvier dernier. Le Caire. De notre envoyé spécial   Fort de leur expérience acquise durant les dures épreuves qui ont précédé la chute de Moubarak, «chabab et-thaoura» (les jeunes de la révolution) s’organisent spontanément.   Contrôle de tous les accès menant à la place Tahrir par des volontaires, installations d’un hôpital de campagne avec des médecins et infirmiers volontaires. Les sirènes des ambulances rivalisent avec les cris des manifestants : «Echaâb yourid iskat el mouchir» (le peuple veut la chute du maréchal). Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, 76 ans, président du Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays depuis le 11 janvier dernier, est dans le viseur des manifestants. Son départ est expressément exigé. Il est même assimilé à l’ancien président déchu : «Tantaoui = Moubarak» peut-on lire sur plusieurs banderoles et autres graffitis, sur la place Tahrir. Retournement de l’histoire. La légitimité du maréchal Tantaoui, acquise lors de la descente de ses troupes dans les rues pour protéger les manifestants des nervis de l’ancien régime, est fortement entamée. Il est désormais dans la même situation que Moubarak. «C’est une oligarchie militaire bureaucratique qui veut tuer la révolution et s’emparer du pouvoir. Les Tunisiens ont déjà mis en place des institutions démocratiquement élues, alors que nous, nous vadrouillons dans une interminable phase de transition et sans issue», commente Abdelhamid, membre du comité de campagne pour la candidature de Mohamed El Baradei à la présidentielle. «Nous ne sommes pas sortis, finalement, de l’ancien régime. Les forces de police tuent comme au temps de Habib El Adli (ancien ministre de l’Intérieur, en prison). L’armée n’a pas compris que l’Egypte est entrée dans une nouvelle phase historique et que les Egyptiens veulent rompre définitivement avec le système qui a asservi le peuple pendant plus d’un demi-siècle. El mouchir (le maréchal) agit avec les réflexes anciens», ajoute Abdelhamid. Ce dernier, qui rejoint ses camarades pour mettre en place le dispositif logistique pour le campement, alors que des fourgons arrivent, remplis de couvertures, de médicaments et surtout des dizaines de caisses de vinaigre pour se prémunir des effets des gaz lacrymogènes. Les manifestants se groupent selon leur appartenance politique, mais unis par un même slogan : «Non au pouvoir des militaires, le pouvoir aux civils.» Ils sont environ 50 000 manifestants, une nuit blanche révolutionnaire au sanctuaire de la révolution. Hommes, femmes, filles, garçons, communistes, libéraux, nassériens, islamistes, coptes et musulmans. On remarque également la présence de quelques imams de la célèbre mosquée El Azhar. Des «barrières» humaines se forment pour empêcher la police de pénétrer sur la place et disperser le gigantesque rassemblement. Subitement, l’emblématique place Tahrir renoue avec la ferveur révolutionnaire. «Nous sommes résolus à défendre notre révolution jusqu’au bout, quitte à laisser nos vies ici, place Tahrir», nous lance Houda, 35 ans, vêtue de sa blouse blanche, gants et masque à gaz sur le visage. Elle est infirmière volontaire, venue secourir les blessés. «Les bombes lacrymogènes provoquent beaucoup d’évanouissements. Certains supportent difficilement le gaz. Une jeune femme a failli mourir étouffée. Ici, à chacun sa tâche. Nous sommes un véritable Etat populaire qui se réapproprie le contrôle de la rue. Nous n’accepterons pas que les forces de répression du ministère de l’Intérieur ni les forces militaires nous délogent d’ici», nous déclare fièrement cette infirmière qui passe la nuit sur la place Tahrir, à porter secours aux manifestants. La panique s’empare de la place, lorsque des rumeurs circulent sur l’utilisation de gaz toxique prohibé. «Des dizaines de personnes s’évanouissent. Ce n’est pas normal, la police militaire fait usage de gaz non conventionnel. Il sort des bouches du métro», alerte un jeune du Mouvement du 6 avril. Fort heureusement pour les manifestants, il ne s’agit que d’une rumeur. Les forces de l’ordre, stationnées sur le boulevard Mohamed Mahmoud menant vers le ministère de l’Intérieur, lancent des bombes lacrymogènes, faisant plusieurs blessés, notamment les femmes présentes en force. La tension monte d’un cran quand un jeune annonce, avec un mégaphone, le décès d’un manifestant touché par balle, la veille, qui a succombé à ses blessures. Des jeunes filles fondent en larmes. «Honte à vous Tantaoui», lance Zaineb, mère d’une victime de la révolution du 25 janvier, venue passer la nuit à Tahrir. «Nous n’allons pas nous laisser voler la révolution pour laquelle des centaines d’Egyptiennes et d’Egyptiens ont donné leur vie», poursuit-elle. Une situation révolutionnaire gérée par une armée réformiste A ce moment-là, vers 21h, le maréchal Tantaoui s’apprête à faire un discours pour désamorcer la situation. Le peuple, sur la place Tahrir, met la barre très haut : départ de l’armée du pouvoir, mise en place d’un conseil présidentiel civil, d’un gouvernement de salut national, accélération du jugement du clan Moubarak et élaboration d’un calendrier politique permettant la dotation du pays d’institutions démocratiquement élues. Des revendications soutenues par les forces politiques cairotes, à l’exception de la confrérie des Frères musulmans et, sans raïs politique, le Parti pour la justice et la liberté, qui ne cache pas ses réticences vis-à-vis de cette seconde révolution. Les «Frères» craignent l’impossibilité de la tenue des élections législatives prévues pour lundi 28 novembre dans ce climat de tension, estimant que c’est leur chance de remporter largement la victoire. Quand le maréchal, en tenue militaire, vieillissant, apparaît sur les écrans de télévision, les masses, sur la place Tahrir crient à tue-tête : «Irhal, Irhal, Irhal ya mouchir ya mouchine.» Il annonce avoir accepté la démission du gouvernement de Issam Charef, la tenue des élections dans les délais prévus et fixe la tenue des élections présidentielles avant le 30 juin 2012. Il dit ne pas vouloir rester indéfiniment au pouvoir, mais il conditionne son départ par un référendum populaire. A peine son discours terminé, la place Tahrir se soulève comme un seul homme et reprend en chœur : «Irhal, Irhal, Irhal.» L’intervention du chef de l’armée n’a pas du tout convaincu. «Ça nous rappelle le premier discours de Moubarak», crie un groupe de manifestants. «Il était pendant plus de 18 ans ministre de la Défense de Moubarak !», s’exclame une jeune étudiante. La rupture est définitivement consommée entre le peuple de Tahrir et le Conseil suprême des forces armées, à sa tête le maréchal Tantaoui. Fin de lune de miel fracassante. Normal. Impossible de tenir plus que cela. «Un peuple révolutionnaire dirigé par une armée réformiste», résume Mahmoud du Parti nassérien El Karama. L’alliance des comités des jeunes de la révolution décide de camper sur la place Tahrir jusqu’à la chute  de Tantaoui. Une nouvelle épreuve. «Nous devons rester vigilants pour faire aboutir notre révolution», lance Nancy à ses camarades. «Nous avons de l’expérience, rappelez-vous les durs moments de janvier, nous devons tenir encore et surtout nous ne devons pas oublier nos martyrs. Si nous cédons, ils se retourneront dans leurs tombes», leur lance-t-elle encore pour les galvaniser. Le Caire s’enfonce dans la nuit, tandis que place Tahrir, les comités de la révolution s’affairent à affronter une autre journée de lutte. Les troupes des manifestants se reposent, certains s’endorment alors que d’autres montent la garde. On annonce le déploiement des troupes militaires pour mercredi. Effectivement, hier vers 16h, trois blindés de l’armée prenaient position aux abords de la place Tahrir. De violents affrontements éclatent de nouveau. Le risque d’un embrasement est à craindre. L’armée, qui voudrait déloger les manifestants de ce sanctuaire de la contestation, risque de se heurter à la détermination du peuple et replonger le pays dans l’ambiance guerrière du 28 janvier passé. Une journée que les Egyptiens ne sont pas près d’oublier. Les affrontements du début de la semaine réveillent ce douloureux épisode. L’assassinat de plus de 30 personnes, tombées sous les balles assassines de la police militaire lors des affrontements de samedi passé, a plongé tout le pays dans l’émoi et a provoqué une grande colère. Mais pas seulement. Ces douloureux évènements rappellent aux Egyptiens une période qu’ils croyaient révolue. Ils se sont rendu compte que le régime incarné par le président déchu Hosni Moubarak n’est pas totalement déboulonné. La marche de la révolution vers une Egypte débarrassée du régime despotique se trouve à la croisée des chemins. Le grand soir risque d’être douloureux, au pays du fleuve éternel.     L’imam d’Al Azhar appelle la police à ne pas tirer sur les manifestants Le grand imam d’Al Azhar, plus haute institution de l’islam sunnite, qui siège au Caire, a appelé hier la police à ne pas tirer sur les manifestants et l’armée, au pouvoir, à éviter les affrontements «au sein d’un même peuple». L’imam Ahmed Al Tayeb a appelé «les chefs de la police égyptienne à donner des ordres immédiatement pour que les armes ne soient plus dirigées contre leurs frères (les manifestants, ndlr)», et «les forces armées à faire en sorte de prévenir tout affrontement entre les enfants d’un même peuple», dans un enregistrement sonore diffusé par la télévision d’Etat. « En même temps, Al Azhar appelle nos fils à la place Tahrir et sur toutes les places d’Egypte à préserver le caractère pacifique de leur révolution, quels que soient leurs sacrifices et les difficultés et à ne pas s’attaquer aux biens publics et privés », a poursuivi l’imam. Dans un communiqué au ton inhabituellement ferme, Al Azhar «rappelle que tout dialogue entaché de sang est maudit et aura des retombées amères sur tout le monde».

Nouvelles du Maroc

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- Les forces en présence Bien qu’il étrenne le statut de vainqueur potentiel, le PJD va devoir faire face à de redoutables machines électorales, rompues à l’exercice et aux arcanes du pouvoir.    - Le G8 Le «G8» réunit huit partis politiques dont le Rassemblement national des indépendants (RNI, libéral) du ministre de l’Economie Salah Eddine Mezouar (38 députés), le Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), le mouvement populaire (MP) et l’Union pour le changement (UC), entre autres. Ce bloc, baptisé «Alliance pour la démocratie», qui rassemble des partis hétéroclites suscite des grincement de dents chez le PJD, mais aussi chez l’historique Istiqlal de Abbas Al Fassi, qui y voient un coup fourré destiné à leur faire barrage, ou tout au moins à rendre amère leur victoire par un score étriqué.    - La Jamaâ et le M20 font faux bond au PJD Si en 2007, la Jamaâ de cheikh Yassine, tolérée mais non reconnue, n’a pas gêné le PJD avec lequel elle partage la même extraction idéologique en laissant ses troupes voter librement, ce ne sera pas le cas cette fois. Demain, les milliers de militants de cette association, sans doute la plus puissante du royaume, vont boycotter le scrutin. Et ce sont autant de voix qui partent en fumée pour le PJD. Puissamment engagée dans le Mouvement du 20 février (M20) qui regroupe aussi des militants de gauche et des jeunes berbéristes réclamant une monarchie constitutionnelle, Al Adl Wal Ihssane aura largement contribué à la disqualification du scrutin de demain. On est donc face à une élection où la première force politique du royaume ne participera pas. L’enjeu, comme le souligne le directeur de Tel Quel, est non pas de prendre le pouvoir, mais d’y être associé. Karim Boukhari rappelle utilement que l’essentiel du pouvoir, au Maroc, reste au mains du roi.    - Qui gouvernera le Maroc ?     On sait déjà qu’aucun parti n’aura plus de 25% des sièges au Parlement de par le régime électoral marocain en vigueur et l’atomisation du paysage politique. Le PJD ne pourra donc pas gouverner seul, quand bien même il arriverait en tête. Il sera donc appelé à nouer des alliances. Mais à ce jeu, sa marge de manœuvre parait étroite tant – mis à part l’Istiqlal de Abbas Al Fassi (52 députés) qui pourrait être tenté par un compagnonnage – les autres partis sont plus ou moins liés au palais. Difficile en effet d’imaginer le PJD s’asseoir aux côtés du PAM, du RNI ou du PP. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le PJD pourrait gagner demain et s’installer encore dans l’opposition ! Eh oui, si le parti de Benkirane n’arrive pas à former un gouvernement, il sera contraint de rendre le tablier à Mohammed VI. Un scénario très probable qui présente l’inconvénient d’induire ipso facto une radicalisation du discours du PJD, qui se sentirait évidemment frustré d’une victoire électorale. A moins que le monarque, dont le palais a été déjà ébranlé par le Mouvement du 20 février, ne fasse les arbitrages nécessaires pour permettre au PJD de disposer d’une parcelle de pouvoir, histoire de le tenir en laisse.     - Les élections n’emballent pas grand monde Le taux de participation aux législatives de demain servira sans doute de baromètre politique pour juger de la crédibilité des réformes politiques édictées par le roi. Or, force est constater, au Maroc, que la partie est loin d’être gagnée. Malgré une campagne de proximité et un affichage racoleur qui vous accueille dès le hall de l’aéroport international de Casablanca, on à peine à deviner que ce pays s’apprête à vivre un rendez-vous politique crucial.  A Casa, mis à part quelques petites affiches de fortune collées sporadiquement, il n’y a vraiment pas photo, au propre et au figuré. Pourtant, le makhzen n’a pas lésiné sur les moyens et les supports de communication pour convaincre les Marocains d’aller voter. Radios, télévisions, tracts écrits en «darija» (dialecte marocain) prêchent à longueur de journée la bonne parole. Il en faudra visiblement un plus pour faire bouger les Marocains «d’en bas», écrasés par des conditions sociales difficiles, loin des statistiques et des classements fardés servis royalement par les organismes occidentaux français, notamment pour faire plaisir à «leur ami» le roi.  La réalité du Maroc, aujourd’hui, est hélas beaucoup plus compliquée. Avec des réserves de change juste suffisantes pour assurer cinq mois d’importations, les fondements économiques du royaume chancellent plus que jamais. Facteur aggravant, M6 ne pourra pas compter sur le monde occidental, lui aussi fortement ébranlé par la crise. Avec la France qui risque de perdre son précieux «AAA», c’est l’étoile du Maroc où il faisait bon vivre qui en pâlira un peu plus.  Difficile alors de mobiliser les 13 millions de Marocains pour aller glisser le bulletin dans l’urne, d’autant plus que les acteurs n’ont pas grand-chose à offrir dans un pays qui, comme l’Algérie, dépend presque entièrement de l’extérieur. Cette fatalité économique et sociale, conjuguée à une architecture constitutionnelle des réformes politiques loin d’être un modèle de démocratie, semble expliquer ce sentiment de résignation général.  - Les observateurs de l’UE affichent un rictus A cinq jours du scrutin, la campagne électorale pour désigner 395 futurs députés est «relativement terne, avec peu d’affiches». «Nous n’avons perçu une grande motivation», regrette le chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Les quelques 4000 observateurs marocains et étrangers risquent donc de chômer, demain, dans les bureaux de vote.

Législatives demain au Maroc : Le Royaume sera-t-il islamiste ?

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La réforme constitutionnelle, approuvée massivement le 1er juillet dernier par référendum, est boycottée par les partis de gauche et le fameux Mouvement des jeunes du 20 février. Maroc. De notre envoyé spécial   Pour moi, les gens Jamaat al adl wa tanmia (le Parti de la justice et du développement, PJD) sont honnêtes  et veulent vraiment changer les chose au Maroc ; je vais donc voter pour eux.» Pour Abderrahmane, qui nous embarque dans sa vieille Mercedes blanche depuis la gare ferroviaire Casa-Port, voter PJD est presque un devoir national. Originaire d’Agadir, dont il garde intact l’attachement à ses racines chleuh (amazigh), Abderrahmane pense que la victoire du parti islamiste ne fait pas l’ombre d’un doute. Ce chauffeur de taxi le dit non pas comme une fatalité, mais  croit fermement que les gens du Parti de la justice et du développement (PJD) sont la dernière chance du Maroc. Un sentiment largement partagé dans un pays qui aura tout essayé et consommé jusqu’à l’overdose un personnel politique dépassé et, pis encore, corrompu.   Inévitablement donc, le PJD est donné vainqueur. Surfant sur la vague Ennahda de Tunisie, la formation islamiste de Abdelilah Benkirane ne se fait pas d’illusion sur une onction populaire, demain soir. Avec ses 47 députés dans l’Assemblée sortante où il faisait de l’opposition, le PJD va, sauf surprise, prendre les commandes du Parlement et du gouvernement  marocain. Experts, observateurs et médias répètent en chœur que l’alter ego d’Ennhada en Tunisie va rafler la mise. Un discours lifté à la convenance de la jet-set Ayant gardé intacte son aura auprès des classe populaire – le Maroc d’en bas –, le PJD a su également lifter son discours politique pour draguer la haute société et la jet-set du royaume. «Le PJD recrutait déjà au sein de ce qu’on pourrait appeler la petite bourgeoisie pieuse ou la bourgeoisie commerçante. Aujourd’hui, une bonne partie des hommes d’affaires et des réseaux d’influence semblent résignés à une victoire du parti islamiste», analyse, lucide, le politologue Mohamed Tozy. Mais pour les dirigeants du PJD, c’est juste le couronnement du processus de maturation d’un mouvement entré par effraction dans le paysage politique et qui estime légitime désormais voler plus haut. «En 2002 puis en 2007, nous avons fait le choix d’accompagner la transition en faisant passer l’intérêt national en premier. Nous avons donc accepté de limiter nos candidatures au niveau national. Aujourd’hui, il est temps de laisser faire la démocratie pour que chaque formation politique ait  la représentation qu’elle mérite», tranche Saâd Eddine El Othmani, expatron du PJD, candidat à Mohammedia. Et pour réussir cette métamorphose tactique, il a fallu changer le casting. Depuis son arrivée aux commandes du PJD en 2008, Abdelilah Benkirane, connu pour son caractère bien trempé et son discours tranchant, a montré les crocs. Il n’a pas hésité ainsi à s’en prendre ouvertement au patron du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), Fouad Ali El Himma, l’ami du roi, l’accusant de corruption politique et dont le «tracteur» (symbole du parti) a écrasé tout sur son passage en 2007. Il fallait le faire ! Et les Marocains apprécient ces coups de sang du chef du PJD, qui ont pimenté une campagne bien terne. Ce discours sec et ô combien vrai semble avoir séduit les Marocains, plutôt enclins à une «moralisation» de la vie politique même à la sauce PJD. Qui mieux donc qu’un parti islamiste pour mener un tel chantier dans un royaume gangrené par la corruption ? Benkirane, l’homme qui tombe à pic Quels que soient leur niveau et leur statut social, la majorité des Marocains tombent, comme enivrés, dans les bras de Benkirane qui incarne, à leurs yeux, le redresseur de torts tant attendu. Décidé lui aussi à aller au charbon, il traduit son engagement : «On ne peux pas demander aux gens de voter pour nous et de rester dans l’opposition.» Abdelilah Benkirane  a donc franchi – verbalement pour l’instant – le pas pour aller à la conquête du pouvoir. Pour y parvenir, ses ouailles et lui ont entrepris de démolir politiquement le PAM, ce conglomérat d’hommes d’influence idéologiquement inclassable mais qui dispose de solides attaches avec le palais. Comme pour Ennahda en Tunisie, les responsables du PJD ont jugé utile, voire vital, de troquer leur accoutrement islamiste pour enfiler le costume de décideurs prêts à retrousser leurs manches pour régler les grands problèmes du Maroc. En 2011, moins qu’un costume serait beaucoup trop étroit pour y enfermer le programme du PJD. C’est le sens de la feuille de route remise aux têtes de listes de ce parti pour prêcher la bonne parole. C’est que la direction du PJD a compris qu’il fallait mettre sous le coude certains axes programmatiques à forte connotation morale et religieuse, pour capter les voix de ceux qui craignent une islamisation rapide du «royaume moderne» de cartes postales. Serait-ce suffisant pour remporter le jackpot et donner la réplique marocaine à Ennahda tunisienne ? Pour le magazine Tel Quel, il ne fait pas l’ombre d’un doute : «Le Maroc sera islamiste», en gros caractères et en couverture. Nuit de doute.  

Incertitude politique en égypte à quatre jours des élections

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Le discours du Chef suprême des forces armées (CSFA), le maréchal Hussein Tantaoui, de mardi soir, n’a pu ramener le calme en Egypte. Les heurts ont repris, hier en début de soirée, à la place Tahrir, où les manifestants avaient passé la nuit. Les jeunes se dirigeaient par milliers pour occuper la place Tahrir pour une deuxième nuit consécutive, alors que le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a appelé, hier, à une enquête indépendante sur ces violences contre des manifestants. «J’invite les autorités égyptiennes à ne plus faire usage de violence contre les manifestants de la place Tahrir et, d’ailleurs, à ne plus utiliser les bombes lacrymogènes, les balles en caoutchouc et les balles réelles», a indiqué un communiqué de l’Organisation. L’évolution des événements fait craindre le pire. La classe politique cairote retient son souffle et appréhende des développements qui peuvent retarder le processus de transition vers la démocratie. L’armée, qui dirige le pays depuis la chute de Moubarak, a perdu de sa crédibilité après l’assassinat d’une trentaine de jeunes. Les populations lui font porter la responsabilité. Ces événements surviennent à quatre jours de la tenue des premières élections démocratiques dans le pays. Ce qui annonce une transition longue et tortueuse. Des voix s’élèvent d’ores et déjà pour exiger le report des élections législatives prévues pour lundi prochain. C’est le cas du parti de Wafd et de la figure de proue de l’opposition, l’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Baradei. La démission du gouvernement de Issam Charaf, à quelques jours de cette échéance électorale, rend la situation plus complexe. Le Parti de la liberté et de la justice, bras politique de la confrérie des Frères musulmans, quant à lui, réclame le respect du calendrier électoral. D’où une prise de distance par rapport aux appels des manifestations. Ils sont les grands perdants dans ce nouveau bras de fer engagé entre le Conseil suprême des forces armées et les manifestants. «Ces événements sont survenus suite à un accord tacite entre les militaires et les Frères musulmans. En pactisant avec les Frères musulmans, l’armée voulait se mettre à l’abri de la colère de la rue, pensant que ‘les frères’ contrôlent la rue, mais ces derniers exercent des pressions sur le Conseil suprême de l’armée pour satisfaire leur demande quitte à en exclure les autres forces politiques», analyse Karem Mahmoud, secrétaire général du Syndicat des journalistes égyptiens. Pour lui, il est nécessaire «d’ajourner la tenue des élections, de remettre le pouvoir soit à un gouvernement de salut national ou bien à la Cour constitutionnelle. Le Conseil suprême de l’armée doit quitter le pouvoir très rapidement», estime Karem Mahmoud. Devant ce cafouillage politique, l’idée de la mise en place d’un gouvernement de salut national avec de larges prérogatives fait son chemin. Mais le temps presse. Le nom de Mohamed El Baradei est avancé pour diriger ce gouvernement. Pas si sûr. S’il accepte ce poste, ses chances pour la présidentielle risquent de s’amenuiser en cas d’échec dans la gestion de cette période de crise. Mais pour l’instant, rien d’officiel. Le CSFA garde son seul scénario. Tenir les élections législatives dans les délais fixés. Et si la tension ne baisse pas, le risque d’un dérapage est possible. En somme, l’épreuve des urnes qui devait être un passage vers la démocratie s’avère une étape pas si facile à atteindre en Egypte, contrairement à la Tunisie.

L’actu du monde arabe

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Bahreïn : la commission indépendante dénonce l’usage «excessif» de la force Une commission d’enquête indépendante sur la répression de la contestation à Bahreïn a dénoncé hier «un usage excessif et injustifié de la force» de la part des autorités, qui ont annoncé accepter ses conclusions, rapporte l’AFP.  Dans son rapport rendu public, cette instance chargée par le roi Hamad Ben Issa Al Khalifa d’enquêter sur les troubles qui ont secoué cette monarchie du Golfe, en février et mars, dans le sillage des révoltes arabes, a cependant affirmé ne pas avoir trouvé de preuve d’une implication de l’Iran. Le gouvernement du Bahreïn a annoncé «accueillir favorablement les résultats de l’enquête» de la commission indépendante et «reconnaître ses critiques», alors que le roi a promis des «réformes» à l’effet de «réaliser l’entente nationale». Les autorités bahreïnies «ont eu recours à un usage injustifié et excessif de la force», notamment dans le but de «terroriser» les contestataires, a annoncé son président, le juriste Cherif Bassiouni, lors d’une cérémonie retransmise par la télévision officielle en présence du roi. Le rapport a indiqué que 35 personnes, 30 civils et 5 membres des forces de sécurité, ont trouvé la mort lors des troubles, alors que les autorités avancent le chiffre de 24 morts dont 4 policiers. Koweït : arrestation d’activistes pour la prise d’assaut du Parlement La police koweïtienne a arrêté, hier, au moins un activiste de l’opposition après la récente prise d’assaut du Parlement et d’autres militants se sont rendus volontairement, a annoncé leur avocat cité par l’AFP. «La police a arrêté un jeune activiste, Youssef Al Chatti, dans la matinée, à l’aéroport de Koweït», a déclaré maître Al Humaidi Al Subaie, coordinateur d’un collectif de défense de l’opposition. Il a ajouté que le parquet a émis une cinquantaine de mandats d’arrêt contre des militants de l’opposition pour leur participation à l’assaut contre le Parlement, la semaine dernière, et des heurts avec les forces de sécurité.  Yémen : le président Saleh signe l’accord de transfert du pouvoir Le président yéménite Ali Abdallah Saleh a signé, hier à Riyad, un accord pour le transfert pacifique du pouvoir dans son pays, secoué depuis dix mois par une vague de contestation populaire, selon l’AFP. La cérémonie de signature s’est déroulée en présence du roi d’Arabie Saoudite, Abdallah Ben Abdel Aziz, et des ministres des Affaires étrangères des monarchies arabes du Golfe, au palais royal Al Yamamah. Le président Saleh refuse depuis avril de parapher ce plan de sortie de crise proposé par les monarchies du Golfe. Des représentants du parti au pouvoir au Yémen et de l’opposition ont ensuite signé un mécanisme d’application de ce plan, en vertu duquel le président Saleh doit quitter le pouvoir dans un délai de trois mois. En vertu de cet accord, Abdallah Saleh, en échange de l’immunité pour lui-même et ses proches, doit remettre le pouvoir pour une période intérimaire à son vice-président, Abd Rabbo Mansour Hadi, un homme de consensus.  AFP

Une nuit avec les révoltés de la Place Tahrir

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Par réflexe naturel, les comités populaires révolutionnaires se mettent en place rapidement. Chacun sait ce qu’il doit faire. Comme au «bon vieux temps» de la révolution, en janvier dernier. Le Caire. De notre envoyé spécial   Fort de leur expérience acquise durant les dures épreuves qui ont précédé la chute de Moubarak, «chabab et-thaoura» (les jeunes de la révolution) s’organisent spontanément.   Contrôle de tous les accès menant à la place Tahrir par des volontaires, installations d’un hôpital de campagne avec des médecins et infirmiers volontaires. Les sirènes des ambulances rivalisent avec les cris des manifestants : «Echaâb yourid iskat el mouchir» (le peuple veut la chute du maréchal). Le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, 76 ans, président du Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays depuis le 11 janvier dernier, est dans le viseur des manifestants. Son départ est expressément exigé. Il est même assimilé à l’ancien président déchu : «Tantaoui = Moubarak» peut-on lire sur plusieurs banderoles et autres graffitis, sur la place Tahrir. Retournement de l’histoire. La légitimité du maréchal Tantaoui, acquise lors de la descente de ses troupes dans les rues pour protéger les manifestants des nervis de l’ancien régime, est fortement entamée. Il est désormais dans la même situation que Moubarak. «C’est une oligarchie militaire bureaucratique qui veut tuer la révolution et s’emparer du pouvoir. Les Tunisiens ont déjà mis en place des institutions démocratiquement élues, alors que nous, nous vadrouillons dans une interminable phase de transition et sans issue», commente Abdelhamid, membre du comité de campagne pour la candidature de Mohamed El Baradei à la présidentielle. «Nous ne sommes pas sortis, finalement, de l’ancien régime. Les forces de police tuent comme au temps de Habib El Adli (ancien ministre de l’Intérieur, en prison). L’armée n’a pas compris que l’Egypte est entrée dans une nouvelle phase historique et que les Egyptiens veulent rompre définitivement avec le système qui a asservi le peuple pendant plus d’un demi-siècle. El mouchir (le maréchal) agit avec les réflexes anciens», ajoute Abdelhamid. Ce dernier, qui rejoint ses camarades pour mettre en place le dispositif logistique pour le campement, alors que des fourgons arrivent, remplis de couvertures, de médicaments et surtout des dizaines de caisses de vinaigre pour se prémunir des effets des gaz lacrymogènes. Les manifestants se groupent selon leur appartenance politique, mais unis par un même slogan : «Non au pouvoir des militaires, le pouvoir aux civils.» Ils sont environ 50 000 manifestants, une nuit blanche révolutionnaire au sanctuaire de la révolution. Hommes, femmes, filles, garçons, communistes, libéraux, nassériens, islamistes, coptes et musulmans. On remarque également la présence de quelques imams de la célèbre mosquée El Azhar. Des «barrières» humaines se forment pour empêcher la police de pénétrer sur la place et disperser le gigantesque rassemblement. Subitement, l’emblématique place Tahrir renoue avec la ferveur révolutionnaire. «Nous sommes résolus à défendre notre révolution jusqu’au bout, quitte à laisser nos vies ici, place Tahrir», nous lance Houda, 35 ans, vêtue de sa blouse blanche, gants et masque à gaz sur le visage. Elle est infirmière volontaire, venue secourir les blessés. «Les bombes lacrymogènes provoquent beaucoup d’évanouissements. Certains supportent difficilement le gaz. Une jeune femme a failli mourir étouffée. Ici, à chacun sa tâche. Nous sommes un véritable Etat populaire qui se réapproprie le contrôle de la rue. Nous n’accepterons pas que les forces de répression du ministère de l’Intérieur ni les forces militaires nous délogent d’ici», nous déclare fièrement cette infirmière qui passe la nuit sur la place Tahrir, à porter secours aux manifestants. La panique s’empare de la place, lorsque des rumeurs circulent sur l’utilisation de gaz toxique prohibé. «Des dizaines de personnes s’évanouissent. Ce n’est pas normal, la police militaire fait usage de gaz non conventionnel. Il sort des bouches du métro», alerte un jeune du Mouvement du 6 avril. Fort heureusement pour les manifestants, il ne s’agit que d’une rumeur. Les forces de l’ordre, stationnées sur le boulevard Mohamed Mahmoud menant vers le ministère de l’Intérieur, lancent des bombes lacrymogènes, faisant plusieurs blessés, notamment les femmes présentes en force. La tension monte d’un cran quand un jeune annonce, avec un mégaphone, le décès d’un manifestant touché par balle, la veille, qui a succombé à ses blessures. Des jeunes filles fondent en larmes. «Honte à vous Tantaoui», lance Zaineb, mère d’une victime de la révolution du 25 janvier, venue passer la nuit à Tahrir. «Nous n’allons pas nous laisser voler la révolution pour laquelle des centaines d’Egyptiennes et d’Egyptiens ont donné leur vie», poursuit-elle. Une situation révolutionnaire gérée par une armée réformiste A ce moment-là, vers 21h, le maréchal Tantaoui s’apprête à faire un discours pour désamorcer la situation. Le peuple, sur la place Tahrir, met la barre très haut : départ de l’armée du pouvoir, mise en place d’un conseil présidentiel civil, d’un gouvernement de salut national, accélération du jugement du clan Moubarak et élaboration d’un calendrier politique permettant la dotation du pays d’institutions démocratiquement élues. Des revendications soutenues par les forces politiques cairotes, à l’exception de la confrérie des Frères musulmans et, sans raïs politique, le Parti pour la justice et la liberté, qui ne cache pas ses réticences vis-à-vis de cette seconde révolution. Les «Frères» craignent l’impossibilité de la tenue des élections législatives prévues pour lundi 28 novembre dans ce climat de tension, estimant que c’est leur chance de remporter largement la victoire. Quand le maréchal, en tenue militaire, vieillissant, apparaît sur les écrans de télévision, les masses, sur la place Tahrir crient à tue-tête : «Irhal, Irhal, Irhal ya mouchir ya mouchine.» Il annonce avoir accepté la démission du gouvernement de Issam Charef, la tenue des élections dans les délais prévus et fixe la tenue des élections présidentielles avant le 30 juin 2012. Il dit ne pas vouloir rester indéfiniment au pouvoir, mais il conditionne son départ par un référendum populaire. A peine son discours terminé, la place Tahrir se soulève comme un seul homme et reprend en chœur : «Irhal, Irhal, Irhal.» L’intervention du chef de l’armée n’a pas du tout convaincu. «Ça nous rappelle le premier discours de Moubarak», crie un groupe de manifestants. «Il était pendant plus de 18 ans ministre de la Défense de Moubarak !», s’exclame une jeune étudiante. La rupture est définitivement consommée entre le peuple de Tahrir et le Conseil suprême des forces armées, à sa tête le maréchal Tantaoui. Fin de lune de miel fracassante. Normal. Impossible de tenir plus que cela. «Un peuple révolutionnaire dirigé par une armée réformiste», résume Mahmoud du Parti nassérien El Karama. L’alliance des comités des jeunes de la révolution décide de camper sur la place Tahrir jusqu’à la chute  de Tantaoui. Une nouvelle épreuve. «Nous devons rester vigilants pour faire aboutir notre révolution», lance Nancy à ses camarades. «Nous avons de l’expérience, rappelez-vous les durs moments de janvier, nous devons tenir encore et surtout nous ne devons pas oublier nos martyrs. Si nous cédons, ils se retourneront dans leurs tombes», leur lance-t-elle encore pour les galvaniser. Le Caire s’enfonce dans la nuit, tandis que place Tahrir, les comités de la révolution s’affairent à affronter une autre journée de lutte. Les troupes des manifestants se reposent, certains s’endorment alors que d’autres montent la garde. On annonce le déploiement des troupes militaires pour mercredi. Effectivement, hier vers 16h, trois blindés de l’armée prenaient position aux abords de la place Tahrir. De violents affrontements éclatent de nouveau. Le risque d’un embrasement est à craindre. L’armée, qui voudrait déloger les manifestants de ce sanctuaire de la contestation, risque de se heurter à la détermination du peuple et replonger le pays dans l’ambiance guerrière du 28 janvier passé. Une journée que les Egyptiens ne sont pas près d’oublier. Les affrontements du début de la semaine réveillent ce douloureux épisode. L’assassinat de plus de 30 personnes, tombées sous les balles assassines de la police militaire lors des affrontements de samedi passé, a plongé tout le pays dans l’émoi et a provoqué une grande colère. Mais pas seulement. Ces douloureux évènements rappellent aux Egyptiens une période qu’ils croyaient révolue. Ils se sont rendu compte que le régime incarné par le président déchu Hosni Moubarak n’est pas totalement déboulonné. La marche de la révolution vers une Egypte débarrassée du régime despotique se trouve à la croisée des chemins. Le grand soir risque d’être douloureux, au pays du fleuve éternel.     L’imam d’Al Azhar appelle la police à ne pas tirer sur les manifestants Le grand imam d’Al Azhar, plus haute institution de l’islam sunnite, qui siège au Caire, a appelé hier la police à ne pas tirer sur les manifestants et l’armée, au pouvoir, à éviter les affrontements «au sein d’un même peuple». L’imam Ahmed Al Tayeb a appelé «les chefs de la police égyptienne à donner des ordres immédiatement pour que les armes ne soient plus dirigées contre leurs frères (les manifestants, ndlr)», et «les forces armées à faire en sorte de prévenir tout affrontement entre les enfants d’un même peuple», dans un enregistrement sonore diffusé par la télévision d’Etat. « En même temps, Al Azhar appelle nos fils à la place Tahrir et sur toutes les places d’Egypte à préserver le caractère pacifique de leur révolution, quels que soient leurs sacrifices et les difficultés et à ne pas s’attaquer aux biens publics et privés », a poursuivi l’imam. Dans un communiqué au ton inhabituellement ferme, Al Azhar «rappelle que tout dialogue entaché de sang est maudit et aura des retombées amères sur tout le monde».
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