chardonneret_meknineFort de son succès, le petit volatile, dont le plumage se décline dans une grande variété de couleurs, le chardonneret ou le maqnine, a toujours été apprécié par les Algériens. Mais le malheur est qu’il a presque entièrement disparu, devenant ainsi espèce très menacée. Il reste que cet oiseau fétiche des Algériens est encore présent sur quelques marchés spécialisés de la capitale.

A la place des Trois-Horloges, à Bab El-Oued, principal marché du chardonneret d’Alger, l’intérêt porté sur ce volatile n’a pas de limites. Dans un mouvement de souk, vendeurs, passionnés et éleveurs du chardonneret se rencontrent quotidiennement. Les acheteurs viennent des quartiers avoisinants, voire de plus loin, et chacun veut naturellement obtenir le plus beau chardonneret. «Sur ce lieu, on peut être sûr de trouver le maqnine du Kaddous (localité près d’El Achour, sur les hauteurs d’Alger, NDLR), appelé aussi boissonet», nous indique un vieux dresseur de chardonnerets. «Mais, malheureusement, je dirai qu’il est en voie de disparition et la raison principale est la capture abusive des braconniers.


Ces énergumènes, sans foi ni loi, sont présents partout et n’ont peur de rien. Ils n’hésitent pas à avancer dans les zones les plus reculées pour pouvoir capturer le plus de sujets afin d’en tirer un profit maximal», ajoute notre interlocuteur. Il faut savoir que certains chasseurs utilisent des techniques anciennes telles que le recours à la glue qui est appliquée sur de fines baguettes collantes qu’on dispose sur des rameaux.
En tout cas, tous les moyens sont bons pour capturer ce volatile, dont les aptitudes au chant sont incontestables. Cet excellent chanteur s’accouple facilement avec une femelle canari, ce qui donne le fameux mulet. Interrogé sur les prix, notre interlocuteur nous a fait savoir qu’il peut atteindre des seuils inimaginables. «Je dirai que la valeur d’un chardonneret dit de souche coûte l’équivalent d’une voiture. Personnellement, j’ai assisté le mois dernier à la vente d’un chardonneret dans un marché populaire au prix de 40 millions», révèle-t-il. Un autre passionné nous signale que le maqnine algérien a une grande réputation et est apprécié mondialement. Les Français et les Belges, notamment, en ont été conquis. «Malheureusement, on n’a presque plus de chardonnerets. C’est fini en Algérie. Il faut le chercher du côté du Maroc. Et tout cela à cause de la loi qui n’est pas appliquée sur le terrain.», déplorent les amoureux. Entre extermination et réintroduction
Lors de notre virée à la place des Trois-Horloges à Bab El-Oued, nous avons rencontré un groupe de passionnés qui disent vouloir créer un club pour la préservation du chardonneret. «Notre objectif est de sensibiliser la société civile et les pouvoirs publics. Il faut mettre fin à son extermination et penser à le réintroduire dans nos maquis. Il faudrait avant tout briser la chaîne de commercialisation en interdisant de manière définitive sa vente, notamment dans les nombreux marchés aux oiseaux et dans les animaleries», propose un des initiateurs de ce projet.
Et d’ajouter : «Nous demandons l’aide du ministère de l’Environnement pour un soutien financier de ce club. Nous voulons créer de nouvelles méthodes d’élevage de cet oiseau et créer des centres de reproduction en captivité et effectuer par la suite des lâchers et fournir aux passionnés des sujets issus de l’élevage. Je pense que c’est un excellent moyen de le protéger.»
Ammi Larbi Bousseloub, cadre retraité de l’ex-ONACO, arrière gauche de charme du MCA et du NAHD des années 1970 et passionné du chardonneret, nous a fait savoir que le problème énorme est que les braconniers utilisent aujourd’hui des filets ornithologiques dits filets japonais pour capturer facilement l’oiseau. «Pour éviter son extermination, il faut interdire la chasse pendant la période de reproduction, c’est-à-dire entre le mois de janvier et celui de juillet. Malheureusement, la race souche du chardonneret telle celle du Kaddous, est aujourd’hui pratiquement exterminée. Il reste cependant quelques variétés qui ne sont pas de race qu’on retrouve dans les montagnes de Kabylie sinon la plupart des
chardonnerets sont importés du Maroc», soutient-il.


Source: Le Jeune Indépendant